Le salon du divorce ?

8 novembre 2009

Les 7 et 8 novembre se tient (se tenait) à Paris le premier salon « du divorce, de la séparation et du veuvage », intitulé « Nouveau départ ». Je ne suis pas la première à en parler, mais je voulais revenir sur ce concept que je trouve assez étrange. D’ailleurs, j’ai d’abord cru à une blague.

Sur le site de Nouveau départ, on apprend que le concept vient d’Autriche. Apparemment, les 155 000 divorces qui ont lieu tous les ans en France (sans compter les séparations et les décès) ouvrent un marché que les organisateurs de ce salon et leurs exposants n’entendent pas dédaigner.

Après tout, c’est vrai, les personnes qui divorcent ont besoin de faire appel à un avocat, or les avocats n’ont pas le droit de faire de la publicité directement, donc aller sur un salon, de leur point de vue, pourquoi pas. Je veux bien comprendre aussi la présence des divers psy-quelquechose sur le salon. Mais franchement, cette approche relève d’un ambulance-chasing que je trouve, personnellement, du plus mauvais goût. Et puis on part ensuite dans le n’importe quoi, avec la présence sur le salon de détectives privés (quelle classe), d’agents immobiliers et de décorateurs (séparation = déménagement, mais enfin c’est un peu tiré par les cheveux). Sans oublier les conseillers en image de soi, et évidemment les agences matrimoniales et sites de rencontre.

Les organisateurs ont deux postulats, que je trouve discutables tous les deux :

– l’amalgame entre les séparations et le deuil : j’ai peine à croire que les veufs/veuves et les personnes qui viennent de se séparer de leur conjoint aient réellement les mêmes besoins, et très honnêtement je trouve le rapprochement entre les deux glauque. Une personne qui vient de perdre son conjoint serait invitée à se rendre dans un salon où, entre autres, elle passera devant des stands de sites de rencontre, de « conseillers en chirurgie esthétique » et de lingerie ?

– pire encore, l’idéologie sous-jacente qui semble être « réussissez votre rupture ». Merde, une rupture, ça ne se « réussit » pas, c’est un événement profondément traumatisant (souvent aussi traumatisant pour celui qui quitte que pour celui qui est quitté), ça remet en question des choix et des convictions, et ce salon entend répondre à cela par des propositions de services de détectives privés, banquiers, déménageurs et agences de voyage ? C’est sûr, si votre mariage est un désastre, la réponse réside dans la consommation ! Comment n’y avais-je pas pensé avant ? (et s’appliquant aux veufs, ça en devient carrément insultant). Très sincèrement, ces approches me semblent faire plus de mal que de bien. J’imagine que l’objectif est de permettre aux divorcés de se changer les idées et de régler leurs problèmes concrets les plus urgents. Mais si ces hochets divers arrivent à accaparer l’attention de la personne séparée et lui faire croire qu’elle se sent mieux, ce sont ni plus ni moins que des divertissements pascaliens qui risquent de l’empêcher de faire l’introspection dont elle aurait probablement besoin dans ces moments. D’ailleurs, comme par hasard, le spirituel est complètement évacué du salon — ah non, sauf une conf animée par des religieux — commodément remplacé par des psy-quelquechose (je n’ai rien contre les psys. C’est juste que je ne suis pas sûre qu’ils soient suffisants dans ce contexte).

Mais après tout, « réussissez votre rupture », qu’est-ce que ça a de choquant une fois qu’on a admis les « réussissez votre mariage » et surtout le charmant « réussissez votre enfant » ? L’industrie du mariage, l’industrie de la puériculture et des cours de soutien, pourquoi pas l’industrie du divorce ? Oui, vraiment, je peux comprendre l’intérêt pour tous ces professionnels de se regrouper sur un salon. Ce que je ne saisis mais alors pas du tout, c’est l’intérêt pour les visiteurs de s’y rendre. « Tiens, chéri, si on allait au salon du divorce ce week-end ? »

Le salon découpe la séparation en « avant », « pendant » et « après ». Si j’ai bien compris cette page, les principaux enjeux sont respectivement : décider de divorcer ou pas, défendre ses intérêts pendant le divorce (grâce aux avocats et aux détectives privés), et se reconstruire et passer à autre chose.

Quelques réflexions : prétendre aider les couples à choisir de divorcer ou pas, n’est-ce pas un peu les inciter à divorcer ? Pour des couples qui se posent la question de se séparer, aller à ce salon équivaut un peu à évoquer la question à voix haute pour la première fois… Les détectives privés ? Une amie me racontait qu’un détective privé de sa connaissance lui avait dit : « Quand une femme vient me voir pour savoir si son mari la trompe, je peux dire deux choses avec certitude : premièrement, qu’il la trompe effectivement ; deuxièmement, que si elle vient me voir, le mariage est déjà fini ». D’un côté l’adultère, de l’autre le manque de confiance, chacun des deux est une raison de divorcer à part entière.

Alors, qui peut bien être le public visé ? Des couples qui vont divorcer et ont trouvé une sympathique idée de sortie en famille ? Des maris ou femmes venus chercher un avocat ? Ou tout ceci n’est-il que le faux nez d’un énième salon pour les femmes seules ?

Qu’en pensez-vous ? Je suis particulièrement curieuse de connaître l’opinion de mes lecteurs séparés ou veufs…

 

PS : Je viens de lire, sur le même sujet, cet article de L’Antidote dans Marianne 2 — oui oui, j’ai de saines lectures…