Galerie de portraits

20 novembre 2009

Ce qui est bien, quand on organise un mariage, c’est qu’on rencontre pour cela de nombreux professionnels, qu’on n’aurait pas forcément l’occasion de connaître autrement. Il faut l’avouer, beaucoup sont hauts en couleurs. Tels que…

La couturière : la vendeuse de la robe de mariée m’avait prévenue. J’entre dans la boutique de retouches, et j’y trouve deux femmes qui n’interrompent pas leur conversation quand j’arrive. Deux minutes plus tard, l’une d’elle, blonde, mâchant un chewing-gum, se tourne vers moi et me demande ce qui m’amène. Je lui explique la retouche à faire et essaie la robe. Aïe, ça plisse au niveau de la taille. Je devrais mincir ou faire retoucher aussi la taille. C’est aussi ce qu’elle pense, et elle ne manque pas de me le dire, toujours avec son chewing-gum en bouche. Et ça, c’est quoi ? Euh, ça ce sont les manches de la robe, elles sont amovibles, je ne vais pas les porter. Ah pourquoi, elles sont belles pourtant. Ma mère renchérit. Non mais sérieusement, elles ne me plaisent pas. Bon, elle pose les épingles.

Je rate mon rendez-vous pour venir rechercher la robe et arrive quelques jours plus tard. Je me suis pas inquiétée, me dit-elle, c’est vous qui vous mariez, je me disais que vous alliez pas tarder à revenir. Elle a toujours un chewing-gum, pas le même j’espère. Comment, le fiancé a vu la robe ! J’essaie la robe. Les plis ont disparu, youpi, j’ai minci, et la retouche est parfaite. Oui, la vendeuse m’avait prévenue, elle a son caractère mais elle bosse super bien.

Le fourreur : Les fourrures ne se conservent pas n’importe comment, il y a des conditions de température et d’humidité bien précises à respecter. C’est particulièrement important pour cet homme rond, avec ses petites lunettes, parce qu’il s’est spécialisé dans la garde de fourrures pendant l’été. L’ambiance est donc assez particulière dans sa boutique, beaucoup d’air qu’on sent circuler grâce à de nombreux dispositifs de ventilation. On pourrait se croire dans l’espace réservé aux oeuvres fragiles, dans un musée, ne serait-ce l’épaisse moquette. Le fourreur est très posé, il ne rit pas à mes blagues, je le trouve assez intimidant. Ou alors, c’est mon propre inconfort à entrer pour la première fois chez un fourreur, ma crainte d’abîmer les trucs tout doux et hors de prix que j’essaie.

Le général : Je ne l’ai pas encore rencontré, mais il l’air d’un sacré personnage. C’est le père d’une amie qui sera présente au mariage, et ma belle-mère le connaît bien. Grâce à lui, ma belle-mère a pu réserver une belle salle qui appartient à l’armée pour le déjeuner du lendemain. Le général est spécialiste de physique nucléaire, mais à part ça, son dada dans la vie, c’est la couture, il coud des vêtements très chouettes à sa fille…

La responsable des réceptions dans ladite salle de l’armée : C’est la mère de mon fiancé qui s’occupe du déjeuner, je l’ai accompagnée la semaine dernière pour voir les menus. Nous expliquons à cette petite jeune femme qu’il nous faudra des repas casher. Ah, vous comprenez, pour des raisons d’hygiène on ne peut pas faire venir de nourriture de l’extérieur, il faut que notre cuisinier fasse tout. OK, il a une cuisine casher ? Bah non. Mais comment font les gens qui mangent casher chez vous, d’habitude ? Réponse embarrassée. Ma belle-mère : donc depuis l’affaire Dreyfus, il n’y a plus de juifs dans l’armée française ? La responsable finit par lâcher que en effet, ils ont des accords avec deux traiteurs casher, mais c’est pas très classe d’apporter des plateaux dans du cellophane. Euh oui, mais c’est encore moins classe si certains invités ne peuvent pas manger, non ?

Le coiffeur : ou plutôt les coiffeurs. Ils travaillent dans le même espace, mais indépendamment, chacun a son propre tarif, ses propres clients, ses spécialités. Cela ne les empêche pas d’adopter un look assorti, pantalon noir à pinces et chemise blanche. Ils sont unanimes pour dire que j’ai de très beaux cheveux. C’est bon pour l’ego, ça !

La coloriste me raconte des histoires de mariées, celle d’une de ses clientes qui est tombée sur une couturière folle, celle d’une future mariée obèse qui tenait absolument à sa robe avec des fleurs en relief au niveau du ventre. Ils connaissent tous bien mon fiancé et sa mère. L’un des coiffeurs est spécialisé en coiffures de mariées, il note mon rendez-vous au nom de ma future belle-mère, « comme ça je me souviens ». Il a une crinière blanche très soignée, des gestes fins et précis. Pour vous, me dit-il, je vois très bien une coiffure comme ça… attendez, je vais faire une simulation, vous voyez, un noeud ici, comme une queue de cheval, qui en rejoint une autre comme ça, voilà, en crêpant un peu plus les cheveux… Ma robe comporte du ruban blanc, on pourrait en utiliser pour la coiffure, mais le ruban des manches ne suffit pas, il en faut un morceau plus long. Nous prenons rendez-vous mardi et il m’indique une mercerie dans le quartier.

Le type de la mercerie, donc : Il officie dans une toute petite boutique, ancienne, avec des étagères en bois encombrées et des tiroirs partout. Petite quarantaine, emmitouflé dans un gros blouson assez incongru dans ce quartier chic, surtout à l’intérieur. En dehors de la mercerie, la boutique vend aussi de la passementerie. Je m’extasie sur le choix impressionnant de galons, il m’explique que c’était la grande mode ces dernières années, pour les tentures murales, qu’il en vendait par vingt mètres d’un coup, maintenant c’est un peu passé. La passementerie me fait irrésistiblement penser à mon père, tapissier, cette mercerie est plus fournie que lui en la matière ! Votre père est tapissier où, me demande-t-il ? Eh non, pas vraiment dans le quartier, en Alsace !

Publicités