C’est une sorte de querelle des anciens et des modernes… Les magazines et sites sur le mariage (et les wedding planners, évidemment, c’est leur argument commercial) propagent l’idée qu’un mariage, c’est un événement unique (certes), qui doit ressembler à ses organisateurs et se libérer si possible des traditions poussiéreuses qui y sont associées. Rien que de très consensuel dans ce discours… Moi-même, j’ai consacré une catégorie entière de ce blog aux traditions à la con : la liste de mariage, la jarretière (et le pot de chambre !), la bague de fiançailles, les dragées, etc.

Mais en même temps, le mariage n’est pas un simple contrat entre deux individus. Sujet classique de droit de la famille en L3 : le mariage est-il un contrat ou une institution ? Les deux mon général. Une institution, nous dit Wikipedia, est « une structure d’organisation d’origine humaine et destinée à s’inscrire dans la durée ».

Donc en se mariant, on accomplit un acte certes plein de sens et individuel, mais qui s’inscrit dans une certaine tradition, une manière de voir et de fonctionner de la société.

J’ai pensé à ça récemment en allant à des enterrements. Le tailleur noir pour les enterrements, ça tient trop chaud en juillet, surtout avec des collants, mais ça permet au moins de ne pas réfléchir à sa tenue et de se concentrer sur la cérémonie elle-même. Et on est sûr d’éviter le faux pas. ça marche aussi pour les bonnes manières à table. Et probablement pour les mariages « traditionnels », notamment religieux, qui sont codifiés et chorégraphiés. Là la bénédiction des alliances, là la valse des époux, là le découpage de la pièce montée, ça se déroule tout seul et chacun sait ce qu’il a à faire. Pas forcément très fun, mais efficace.

Là où tout cela devient encore plus sioux, c’est quand les idées originales pour les mariages se répandent et deviennent… une mode. Qui ensuite, soit se démode (et vous avez l’air malin sur vos photos dix ans après), soit devient une tradition. Prenez la robe de mariée par exemple. La très intéressante discussion entre ma cousine Athénaïs et ma future belle-mère dans les commentaires de l’article précédent (merci à vous deux !) montre bien comment les tenues pour les mariages ont évolué. Et la robe blanche, qu’on considère comme le sommet du classicisme, ne date en fait que du XIXe siècle…

Alors… chercher l’originalité, est-ce une façon de réinterpréter des traditions en les enrichissant ? Trop d’originalité tue-t-il l’originalité ? Les traditions sont-elles pratiques, ou pleines de sens, ou ni l’un ni l’autre ?

Et finalement, comment s’approprier et personnaliser une cérémonie à laquelle se livrent des centaines de milliers de gens par an, sans la dénaturer ?

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