« Mais tu ne pourrais pas mettre tes chaussettes au sale, pour une fois ! »

Voilà le genre de petite phrase passive-agressive qui m’évoque irrésistiblement une mégère poursuivant son mari à travers l’appartement, armée d’un plumeau. Chouette fantasme, vous ne trouvez pas ? Non ? Bande de rabat-joies.

L’étude n’est pas toute récente et j’en avais déjà entendu parler. Mais, alors que je commençais à trouver que, décidément, c’était moi qui faisais tout dans cet appartement, j’ai cherché et retrouvé la référence : Time Allocation within the Family: Welfare Implications of Life in a Couple, par Hélène Couprie, paru en 2007 dans l’Economic Journal (la version complète n’est accessible qu’aux abonnés). L’auteur, qui enseigne à l’université de Toulouse 1, a étudié le temps passé par les hommes et les femmes britanniques à nettoyer, ranger, repasser, et autres activités enrichissantes, selon qu’ils soient célibataires ou en couple.

Le résultat est sans appel. Alors que les célibataires consacrent sensiblement le même temps aux corvées (10 heures par semaine pour les femmes, en moyenne, contre 7 pour les hommes), les femmes en couple en sont à 15 heures par semaine en moyenne, contre 5 pour leurs compagnons. Cette situation reflète, selon l’auteur, les inégalités constatées par ailleurs dans la vie professionnelle.

Les hommes semblent donc avoir tout à gagner à s’installer en couple (d’ailleurs, c’est vrai aussi en termes d’espérance de vie, je retrouverai le lien un de ces jours), tandis que pour les femmes, au moins en termes de corvées domestiques, c’est moins net… Ce que l’étude ne dit pas, c’est si, du coup, les couples lesbiens consacrent trois fois plus de temps à nettoyer leur appartement que les couples gays ?

En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’au total un couple fait plus le ménage que deux célibataires — probablement parce que la surface à entretenir est plus grande. A quand des campagnes de pub vantant le mariage, financée par les lessiviers et javelliers ?

Et quant aux raisons d’une telle distribution archaïque des tâches… L’explication féminine : « mais il ne fait jamais rien ! Il faut bien que fasse le ménage, sinon on vivrait dans une porcherie, et lui il s’en ficherait pas mal ! » L’explication masculine : « Quand j’essaie, elle n’est jamais contente. Elle veut tout contrôler, ce n’est jamais assez bien quand c’est moi qui m’y mets. » Et l’explication de ma grand-mère (88 ans) : « Tu n’y penses pas ! Un homme, faire le ménage ? Ce n’est pas son rôle, enfin ! »