Je n’aurais jamais cru m’intéresser autant au féminisme. Jusqu’à assez récemment, je trouvais les féministes un peu dépassées dans les pays occidentaux, et il me semblait qu’elles (ils, puisque « le masculin l’emporte ») avaient du boulot principalement dans les pays en développement, pour assurer l’éducation des filles, lutter contre les mariages forcés et que sais-je encore. Je suis étudiante dans un master prestigieux, où j’ai des notes aussi bonnes voire souvent meilleures que mes homologues masculins, et d’ailleurs je ne fréquente que des gens civilisés qui traitent les hommes et les femmes de la même manière.

Et pourtant, mon diplôme et mon mariage, qui vont avoir lieu la même année, me poussent à m’interroger. Déjà, comment se fait-il que spontanément les étudiantes choisissent davantage le management culturel, le développement durable ou le marketing, et que les étudiants mâles fassent plutôt de la finance, ou de la physique ? Et en termes d’emploi c’est un peu la même chose, les filles sont légèrement sous-représentées dans les métiers les plus prestigieux en sortant de mon master, sans raison précise apparemment. Je parle de ce que je connais, nous avons un diplôme qui intéresse habituellement beaucoup les entreprises (hors crise…), et personne n’a jamais fait état de discriminations envers les femmes.

Cependant… Une amie m’a parlé récemment d’un job pour lequel elle passait des entretiens. C’était une grande banque qui cherchait ses futurs inspecteurs généraux. C’est un poste exigeant et formateur, une porte d’entrée pour les hauts potentiels, que les heureux élus (une trentaine parmi un millier de candidats) occupent pendant 6 ans, pendant lesquels ils auditent, contrôlent et supervisent toutes les filiales et les agences du groupe, partout dans le monde. Après ça, ils prennent généralement un poste très intéressant en stratégie, en finance ou à la tête d’une filiale.

Evidemment, tout cela nécessite des déplacements incessants, 3 semaines par ci, 5 semaines par là… Mon amie s’est donc renseignée sur les conditions matérielles de vie et de travail. Et là, quelle surprise : tous les inspecteurs généraux à qui elle a parlé sur des forums étaient :

– soit des hommes ou femmes célibataires et déterminés à le rester pour se consacrer entièrement à leur carrière

– soit des hommes en couple avec une femme au foyer qui pouvait les accompagner dans leurs déplacements.

Ils lui ont tous dit la même chose : n’espérez pas vivre en couple avant la fin des 6 ans. Pour le moment, elle réfléchit…

Certes, c’est une histoire isolée. Mais j’y repense assez souvent. Des programmes similaires existent dans un certain nombre d’entreprises qui m’intéressent, et de plus en plus ils deviennent la seule manière pour des jeunes diplômés d’entrer dans l’entreprise. Je me marie, ce n’est pas pour partir toute seule à l’autre bout du monde. Mais en même temps, la vie de femme au foyer, très peu pour moi. Je n’ai pas encore trouvé l’idée géniale qui me permettra de concilier les deux. Vous avez une solution, vous ?

— P. S. — Ne vous inquiétez pas, je continue à dire « un avocat », « un juge » et « un écrivain », quel que soit le sexe de la personne désignée. Je ne supporte pas les tics de langage des féministes à ce sujet.

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