Pas moins de 10 000€

1 septembre 2009

Ce week-end, j’ai vu Z, une de mes meilleures amies, qui est aussi un de mes témoins. Mes témoins gagnent à être connues, je ferai un article sur elles un  jour. Z, donc, est une langue de pute vipère à ses heures, et moi aussi. Pour peu qu’on trouve la bonne victime, on est redoutables. Et hier, la victime s’est présentée sur un plateau en argent.

B est une connaissance, que Z voit de temps en temps parce qu’elles ont un groupe d’amis communs. Son grand problème dans la vie est de ne pas avoir de mec. Donc elle jalouse un peu ses copines qui en ont un (surtout quand il est polytechnicien) et fait des plans sur la comète. C’est ainsi qu’un jour, elle s’est écriée :

– De toute façon, si on me demande en mariage et que la bague vaut moins de 10 000€, je dis non !

Photo : Rubyran

Photo : Rubyran

Je ne sais même pas où commencer quant à cette phrase débile. Je précise que l’intéressée a 24 ans…

Voyons… 10 000 ? Pourquoi pas 100 000 ? Tu veux épouser un trader ? Un émir de Dubaï ? Tu juges les gens à leur fortune la fortune de leurs parents ? Tu es au courant que 10 000€ ça fait presque un an de SMIC, et qu’on achète des voitures très bien à ce tarif-là ? Mais quelle éducation tu as reçue au juste, petite conne ?

La bague contre-attaque

30 décembre 2008

J’avais annoncé à tout le monde, il y a déjà un moment, que je ne voulais pas de bague de fiançailles. La mère de mon fiancé a été très déçue. Elle m’a demandé si j’étais sûre, vraiment sûre, tout à fait sûre, c’est pas une question de prix vous savez. Le grand-père de mon fiancé a été très déçu. Il paraît que, chez lui en Bourgogne, c’est la tradition de plonger la bague de fiançailles dans une des coupes de champagne du dîner de fiançailles — sauf qu’en fait sa propre fille n’était pas au courant, il n’avait rien fait de tel quand elle s’est mariée. Mes propres parents ont ri, ça ne les étonnait pas de moi. Et puis la mère de mon fiancé est revenue à la charge, vous êtes vraiment sûre ? Tant pis, je me vengerai, a-t-elle dit.

Les fêtes de Noël se prêtant bien à de grands rassemblements familiaux, nous nous sommes retrouvés en Bourgogne avec nos parents à tous les deux et les grands-parents de mon fiancé. Ils ont commencé par déboucher le champagne, puis nous mitrailler de photos tous les deux pendant une ou deux interminables minutes, je ne veux même pas savoir quelle tête décontenancée on aura sur les photos. Et puis la mère de mon chéri arrive avec un énorme paquet cadeau et me dit : puisque vous ne vouliez pas de bague de fiançailles…

ça pourrait être une petite caisse de vin, mais c’est trop léger. Un coffret de DVD ? J’ouvre le papier et tombe sur une grosse boîte de rangement en carton, le genre dont on se sert pour rationaliser la penderie. Dans la boîte, une deuxième boîte un peu plus petite, qui contient elle-même une troisième boîte. Ha ha, une matriochka géante ! Mais dans la troisième boîte, au milieu d’un lit de papier rouge, je trouve un écrin. Merde. Je l’ouvre, et dans l’écrin il y a… ça.

THE bague

THE bague

J’ai éclaté de rire. Oui : une sublime bague en plastique, rose, en forme de cœur. Vendue avec le diadème assorti dans une panoplie pour petite fille. Et aussi, je ne peux pas la mettre, même au petit doigt ça ne passe pas… Merci belle-maman !

Bilan des opérations, nous récupèrons trois jolies boîtes gigognes, un gag à raconter à nos futurs enfants, et ma future belle-mère trouve que j’ai le sens de l’humour. Encore mieux, elle veut bien admettre maintenant que je n’aime pas les bijoux, puisque, selon elle, je n’aurais pas pu bien le prendre si j’aimais les bijoux…

Et la bague ? On va la donner à la petite fille qui a déjà hérité du diadème.

Le Salon du mariage, donc. Ou plutôt, parce que la précision importe dans ce cas, le salon « Mariage au Carrousel », qui se tenait le week-end du 17 au 19 octobre au Carrousel du Louvre. Pourquoi celui-ci ? Tout simplement parce que l’un des magazines que j’avais achetés contenait des entrées à tarif réduit. Mais en réalité, les salons du mariage à Paris se répartissent tous les week-ends d’octobre et de novembre (et une partie de ceux de janvier, je crois). Ils ont des positionnements légèrement différents, plus ou moins festifs, plus ou moins haut de gamme, plus ou moins « château chapeau catho » ! Il existe même un salon « du mariage et du PACS ».

Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais « Mariage au Carrousel » est censé être quelque chose d’assez haut de gamme, destiné aux couples qui ont l’intention de consacrer 20 000€ ou plus à leur mariage. D’où, je suppose, le lieu, effectivement plus sympa que le parc des expos de la porte de Versailles.

Mon fiancé et moi nous motivons donc le dimanche après-midi. Arrivés à la caisse à l’entrée, nous sommes abordés dans la file d’attente par une femme avec un flyer : « Bonjour, voulez-vous assister à une présentation de robes de mariée, c’est super bien, c’est dans un château le 5 décembre, bla bla bla… ». Je lui ai coupé la chique en disant « Ah, mais alors il faut une voiture ? ». J’ai vérifié, sa société n’avait pas de stand, et j’ai trouvé le procédé de profiter du salon pour démarcher des clients sans en acquitter le prix assez, euh, rat.

L’entrée du salon avait été soignée : derrière un rideau de bandes de papier se tenait une grande table, dressée pour un mariage avec nappe blanche, vaisselle, fleurs, déco, en blanc et vert tendre. Tout autour étaient exposées des robes de différents créateurs. Je n’ai pas vu d’interdiction de prendre des photos, alors voici ma préférée, une robe Nuit blanche :

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En poursuivant son chemin, le visiteur arrivait dans une première grande salle, consacrée à la réception, qui rassemblait :

– des créateurs de faire-parts : la plupart bien en dessous de Minted, dommage ; mais moins chers aussi !

– des gens qui œuvrent dans la liste de mariage : traditionnelle (Galeries, Printemps), multi-boutiques (1001 listes, Améliste) et même un prestataire de « liste de mariage végétale » qui m’a beaucoup intriguée et fera sûrement l’objet d’un prochain article

– des DJs

– des gens qui louent des salles de réception, pour la plupart des châteaux prout-prout, très peu pour moi ! J’ai eu une lueur d’espoir en avisant une boîte qui loue des bateaux sur la Seine, mais je pense que nous ne ferons pas affaire : ils imposent le traiteur, et le repas assis alors que nous préférerions un buffet, et surtout mon fiancé n’est pas emballé par le look des bateaux

– des traiteurs (on en reparlera)

– des photographes, mais aucun ne m’a particulièrement plu

– un duo de commerciaux du Figaro au sourire ultra-bright, qui promettaient une réduction sur l’annonce de fiançailles ou de mariage si on la passait depuis le salon

– des wedding planners

– des vendeurs de dragées, irk ! Et aussi une boîte qui vend des chocolats, avec un concept assez sympa : le chocolat de mariage. L’idée, c’est qu’au lieu des dragées, les mariés disposent sur les tables des duos de dés (allitération !), aux faces personnalisées, qui contiennent des chocolats noirs ou au lait et remplissent exactement la double fonction gustative et décoratives des dragées, mais en plus original. J’ai goûté un chocolat noir, pas mal mais sans plus, pas de quoi impressionner la mangeuse de chocolat que je suis. La vendeuse était très sympa en revanche, et c’est le genre de chose qui peut avoir son importance ! A vous de voir…

Marre de tout ça ? En avant pour la salle suivante : bijoux et voyages de noces. Je dois avouer que les stands d’agences de voyage ne m’ont pas passionnée, probablement parce qu’ils se sentaient obligés de mettre en avant des plages de sable fin à l’autre bout du monde, souvent sur des îles, idylliques… et parfaitement chiantes de mon point de vue.

En revanche, j’ai été attirée par le grand stand d’un bijoutier qui porte un très beau prénom en guise de nom commercial, et où une vendeuse nous a gentiment expliqué les différentes alliances possibles. Elle n’a même pas paru trop horrifiée quand nous lui avons expliqué que nous cherchions quelque chose de classique. Euh non, sans diamants. En fait, la même bague pour tous les deux ce serait sympa. En or jaune ? Parfait. Elle n’était pas assez âgée pour trouver, comme beaucoup de quadra et quinquagénaires, que notre génération de vingtenaires manque horriblement de la moindre fantaisie. Néologisme, je suis obligée, il semble que l’équivalent de « trentenaire » pour nous autres n’existe pas, preuve s’il en fallait que nous sommes pris de haut ! Enfin bref, j’ai essayé un anneau d’or jaune tout bête, le petit frère à 60 ans d’écart de celui de ma grand-mère, et aussi une bague trois ors avec trois anneaux entrelacés, un jaune, un blanc et un rose, pas mal du tout ! Sauf quand je n’ai pas réussi à l’enlever tout de suite. J’ai lâché un « merde ! » qui a dû me faire perdre toute crédibilité !

La troisième et dernière salle était consacrée aux vêtements : robes de mariée, costumes, vêtements d’enfants, et au fond se trouvait une scène où avaient lieu des défilés. Je ne m’y connais pas (encore) dans les vertus comparées des divers créateurs, et cet article est déjà assez long, alors je vais me contenter de quelques images de robes qui m’ont plu (cliquer pour agrandir).

A gauche : encore une robe Nuit Blanche, que mon fiancé préfère sans les petites manches. Au milieu, une robe de Valérie Bercovici Devilliers, désolée pour le cadrage. A droite… je ne me souviens plus !

Mais je veux bien un Macbook Air — surtout depuis que mon brave vieil ordinateur s’est mis à respirer comme un papi asthmatique.

Je pensais qu’il n’y avait rien d’extraordinaire à ne pas vouloir de bagues de fiançailles. Je ne suis pas sensible aux bijoux, je ne l’ai jamais été, et ça ne choquait pas autour de moi. Mais la bague de fiançailles, je ne sais pas, ça doit faire partie de toutes ces traditions liées au mariage qui sont incontournables pour des tas de gens, mais juste bizarres pour moi.

Si j’avais une bague de fiançailles, je sais très bien ce qui arriverait à la pauvre chérie, et à l’éventuel diamant qui la surmonterait. Je la porterais tout le temps, parce que c’est un cadeau, qui plus est de l’homme que j’aime, et que ça m’aurait fait très plaisir. Du coup, elle subirait les agressions du soleil, de l’eau de vaisselle, de la transpiration et j’en passe. Et elle se prendrait aussi des coups. Et la pierre éventuelle finirait par se desceller, ou se briser — comment ça un diamant c’est dur et ça ne se brise pas ? Et une fois qu’elle serait bien abîmée, je la perdrais.

Je n’invente rien. C’est ce qui est arrivé à tous mes bijoux jusqu’à présent. La croix en or que j’ai autour du cou, cadeau de profession de foi, a un impact juste au milieu d’une branche. J’ai perdu le saphir de la bague que ma tante m’avait offerte quand j’étais petite. Ma montre adorée, cadeau de mon père, est tombée dans une bouche d’égout et n’a pu être sauvée que grâce au dévouement des agents de voirie chez qui je suis allée pleurer. J’ai perdu mes boucles d’oreilles préférées. D’ailleurs, me faire percer les oreilles a été une épreuve très pénible, avec infections en tout genre, à la grande déception de mes parents qui m’avaient offert de sublimes boucles d’oreilles que je n’ose pas mettre parce qu’elles s’accrochent à mes vêtements. Et le bracelet que m’a offert mon fiancé en mai a déjà perdu deux des trois médailles qui y étaient accrochées.

ça suffit. Je ne veux plus porter la responsabilité des bijoux que m’offrent des gens bien intentionnés qui m’aiment. Je ne veux plus les décevoir. Donc je me passerai de bague, mon chéri et, comme dit un ami à qui j’ai récemment expliqué mes raisons, il faut me garder, je ne coûte pas cher !

(Sinon, avec le Macbook Air, je veux bien une souris sans fil, aussi. Mais un modèle à batterie rechargeable, celles à piles c’est de l’arnaque, elles se vident super vite. Moi aussi je t’aime.)