L’encyclopédie de la maîtresse de maison

5 octobre 2009

Mon amie Violaine m’a offert pour mon anniversaire une rareté : l’Encyclopédie de la maîtresse de maison, par Françoise Perret et Charlotte de la Mesnière. Publiée en 1968, cette encyclopédie offre une perspective tout à fait saisissante sur la France de cette époque-là…

La couverture dudit bouquin

La couverture dudit bouquin

La préface nous apprend que le livre a pour but d’enseigner à ses lectrices « le métier de maîtresse de maison », qui n’est enseigné dans aucune école (quel dommage… 😉 ). Les auteurs explorent ensuite méthodiquement les divers aspects de ce passionnant métier, au fil de 9 chapitres : l’installation et les rangements, l’entretien et ses trucs, la cuisine et la diététique, la table et le savoir-vivre, petites et grandes réceptions, l’argent et les papiers, les vacances et les loisirs, la sécurité et la santé, et enfin « l’organisation de votre métier de femme » (sic), qui se subdivise en « votre vie de femme d’intérieur », « votre vie de mère », « votre vie d’épouse » et « votre ennemi : la fatigue » — j’aurais dit la neurasthénie, moi…

L’organisation d’un mariage est brièvement traitée au sein du chapitre concernant les réceptions. C’est assez amusant. Le chapitre commence par le trousseau, et précise combien de draps, de serviettes de toilettes, de taies d’oreiller, de nappes et autres sont nécessaires. Le tout doit être marqué aux initiales des mariés et doit donc être commandé dès l’annonce des fiançailles. C’est assez drôle comme un usage des familles modestes, où la jeune fille faisait son trousseau parce qu’elle n’avait pas de dot, a été adapté par les familles plus bourgeoises, puis a disparu, je ne sais pas vraiment quand.

Illustration en couleur : la mariée

Illustration en couleur : la mariée

La suite de la lecture me rendrait presque nostalgique de cette époque bénie : « la robe de mariée sera essayée peu de jours à l’avance à cause de sa fragilité. » Ah… et dire que les vendeuses actuelles exigent des essayages plusieurs mois avant le mariage…

Quant aux faire-parts, on considère aujourd’hui que le faire-part « traditionnel » est celui où les parents des deux mariés invitent à la fête, alors que dans la version moderne le couple invite lui-même. Mon bouquin indique que, dans les années 60, c’est la mère de la mariée qui invite version tradi, ou les mères des deux mariés version moderne.

En revanche, pour le repas, les auteurs admettent aussi bien le cocktail que le repas à table. Mais semblent opter pour un déjeuner de mariage plutôt qu’un dîner.

Et puis évidemment, toute une section est consacrée aux cadeaux de mariage, avec des listes de choses toutes plus inutiles et convenues charmantes les unes que les autres. Je commence à comprendre les tenants de la liste de mariage. Parce que vous je ne sais pas, mais moi, me faire offrir des casseroles de couleur, de la porcelaine décorée, un fer électrique, un livre de raison (c’est quoi au juste ?), un porte-parapluie, une pendule… Moui, bof.

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9 Réponses to “L’encyclopédie de la maîtresse de maison”

  1. pourquoisecompliquerlavie said

    Disparition du trousseau avec les années 60 justement : apparition du linge en couleur, de la grande consommation (et des biens jetables : ma mère a encore les torchons de sa mère et moi ceux de la grand’mère de Marichéri). Sisi : je jure.

    NB pour les jeunes : c’est quand même les meilleurs

  2. pourquoisecompliquerlavie said

    Eh, sur l’essayage 18 mois avant le mariage, c’est du marketing pur et dur. C’était pas au programme de vos études, le marketing (comment rendre obligatoire du superflu inutile).

    Sur le faire part, c’est ce que je vous avais raconté en voiture en revenant de Troyes.

    Bon, alors la liste : OooooooooUuuuuuuuuuuuu ?

    • Marie said

      Oui, mais c’est quand même bizarre : si les futures mariées essaient plein de robes pendant 18 mois, elles ont plus de chances de trouver une robe bien et vraiment pas chère, donc réduction potentielle du profit pour les vendeurs de robes, non ?

  3. Leona said

    Un « livre de raison », c’était une sorte de livre de comptes à usage domestique… pour noter les achats de la semaine ou du mois, etc. Mon arrière-grand-mère en avait toute une pile dans son grenier, un par année de mariage (elle a fêté ses noces de diamant !!). Les ouvrir m’a toujours rempli d’un mélange de fou rire nerveux, d’admiration et de déprime 😉 Ce sont quasiment des documents historiques, notamment ceux des années de guerre.

    • Marie said

      Aaaaaah oui ! Ma grand-mère en avait un, et ses parents avant elle aussi ! Enfin, eux, ils utilisaient un cahier, mais c’était le même principe. Je me souviendrai toujours du jour où elle me l’a montré, il y avait des grosses dépenses mais aussi plein de peccadilles style « sirop à la mélisse, 13 francs », je plaignais la pauvre arrière-grand-mère qui avait consigné toutes ses dépenses comme ça pendant des années…

  4. Gnirk gnirk gnirk! Mine de rien, ces témoignages surannés de la vie de nos mères et grands-mères sont de vrais petits trésors.

    Je relis régulièrement, avec énervement, délice et admiration à la fois, le cahier de compositions françaises, très « leçon de morale », de mon arrière-grand-mère, lorsqu’elle était au primaire au couvent. Il date de 1904, et définit parfaitement ce que devait être le rôle de la fille, de la soeur, de l’épouse.

    En effet, le service de table que tu recevras à ton mariage n’aura plus le même sens qu’autrefois… c’est bien pour ça que tu ne devrais pas te gener pour ajouter à ta liste des places de théatre, des voyages, une inscription à de la gym tantrique ou un abonnement au resto gastro, que sais-je…

    c’est vrai, ça, au fait, il y a quoi dans votre liste? 😉

    • Marie said

      Ahem. Euh… en fait, on pense demander plutôt à nos invités de nous aider à payer le mariage (en clair, du cash… pas très romantique, mais honnête). On a aussi pensé à une liste de voyage.

      Quant aux services de table, il y en a 3 chez ma mère, je convoite celui en porcelaine blanche pour quand nous aurons un plus grand appartement. Je ne me souviens pas de l’avoir vu utilisé une seule fois…

  5. Maud said

    Bien qu’il ne soit plus d’actualité, je trouve que ce genre de livre rend un « hommage » aux mères au foyer de l’époque. Cela contribuait, d’une certaine manière, à reconnaître leur travail à la maison. Car il s’agissait bien d’un travail à part entière, d’autant plus que le sèche linge, micro-onde… n’existait pas. Idem pour certaines mères d’aujourd’hui qui n’ont aucune reconnaissance malgré leur tâche ardue parfois.

    De plus, aujourd’hui cela nous semble décalé, mais rappelez-vous que toutes les petites filles n’allaient pas à l’école jusqu’à 25 ans (de nos jours non plus d’ailleurs) et encore plus dans les milieux modestes (je sais de quoi je parle). Elles devenaient mère à 18 ans, voir plus jeunes… Un manuel n’était donc pas forcément de trop pour tenir une maison et l’organisation de tout un foyer avec souvent beaucoup d’enfants.

    Bien que je sois limite féministe, il faut savoir se replonger dans le contexte.

    Tout ça pour dire, que Violaine a choisi un beau cadeau instructif 🙂

    • Marie said

      Tu as raison. D’ailleurs, j’ai l’impression que même l’instruction primaire et le collège tenaient compte de ces réalités à l’époque. Et effectivement, les femmes des années 60 avaient beaucoup moins d’électroménager à leur service, je les admire beaucoup rétrospectivement.

      Ce qu’il y a de bien aujourd’hui, c’est que nous avons beaucoup plus souvent le choix. Ma grand-mère n’a jamais pu travailler. Elle était très intelligente, elle voulait être instit, mais elle n’a pas pu. Aujourd’hui, je pense que les mères au foyer le sont plus souvent par choix — même si elles manquent de reconnaissance, de façon complètement injuste.

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