Pièce montée indigeste

14 septembre 2009

C’est ce que je me suis dit en lisant le roman de Blandine Le Callet, Une pièce montée. Comme il n’est pas tout récent, je suppose que beaucoup d’entre vous en ont entendu parler, mais pour les autres : c’est le mariage de Bérangère et Vincent, un mariage pseudo-catho prout-prout à la campagne, avec chapeaux, grandes familles et une bonne dose de tartufferie. Au fil des chapitres, l’auteur adopte successivement le point de vue de 9 protagonistes, chez qui ce mariage éveille des interrogations et des rancoeurs toutes personnelles…

Image piquée sur livredepoche.com
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Le début, que j’ai lu dans la librairie avant d’acheter le bouquin, me semblait prometteur. C’est un grand plaisir pour moi de lire dans les librairies, et c’est tout à fait praticable quand il y a suffisamment de gens autour, j’ai lu comme ça un Nothomb en entier une fois. Je ne suis généralement pas friande des mariages de fiction, que ce soient les 27 robes de Katherine Heigl, distrayant sans plus, le mariage du meilleur ami de Julia Roberts qui n’était pas si drôle, ou ce film dont le titre m’échappe, où Jennifer Lopez est wedding planner et tombe amoureuse de son client. Ce dernier m’avait bien plu, j’avais entrevu une fin originale où chacun se marierait avec son partenaire « officiel » et où les relations de couple cimentées au fil des années compteraient davantage qu’un coup de coeur passager, mais il semblerait qu’il ne faille pas trop en demander à Hollywood…

Revenons donc à cette fameuse pièce montée. Au début on découvre Pauline, l’une des DOUZE enfants d’honneur du couple — comme le souligne un personnage du livre, c’est assez ridicule, et ça donne le ton du mariage. Dans une interview, l’auteur avouait avoir mis en Pauline certains traits d’elle-même petite… Ce premier chapitre m’a paru assez convaincant, à défaut de casser des briques en termes de style — c’est assez plat. On y découvre aussi Lucie, une petite fille trisomique qui est un excellent personnage. ça se gâte un peu au second chapitre. C’était une bonne idée de s’intéresser au prêtre, Blandine Le Callet a assez de culture religieuse pour que ce soit un personnage convaincant, mais pourquoi ce postulat que tous les cathos sont des hypocrites ? Au lieu de créer un prêtre qui doute (ce qui était son intention de départ, je suppose), l’auteur nous donne un prêtre qui ne croit pas en Dieu. C’est beaucoup moins intéressant. Et c’est dommage, elle aurait pu faire davantage avec ce personnage-là.

On passe ensuite à divers invités, qui nous offrent parfois des narrations croisées du même épisode. C’est efficace et bien fait. Marie et Jean-Philippe, en particulier, sont de bonnes idées. Mais je regrette que dans tout le roman, les personnages sympathiques soient les célibataires et les athées. C’est une vision un peu trop manichéenne à mon goût.

Je remarque aussi que tous les personnages qu’on suit se sentent étouffés dans cette famille. J’hésite à interpréter cet aspect-là de la narration. Soit c’est de la paresse de la part de l’auteur, qui ne s’intéresse jamais aux personnages décrits comme méchants et tartuffes (les mères des mariés, par exemple), soit ce qu’elle veut nous dire, c’est que les membres de la famille créent eux-mêmes, pour toutes sortes de raisons, cette ambiance dont ils souffrent. Par exemple, Marie souffre d’être comparée à Bérangère, mais Bérangère ne se trouve au fond pas aussi intelligente que Marie…

Et la mariée, justement… Bérangère est avocat (on y croit moyennement, soit dit en passant). Elle est aussi présentée comme une insupportable minette superficielle, une Bridezilla intéressée uniquement par la perfection de son mariage, et qui en oublie son mari en chemin. Elle est méchante gratuitement envers la nièce trisomique du dit mari. C’est un personnage très superficiel, malgré une allusion glissée à une affaire de violences familiales dont elle s’occupe à son cabinet. Elle ne devient intéressante qu’à la fin, grâce à sa relation avec sa grand-mère. Le revirement est inattendu, pas très crédible. Mais allez savoir pourquoi, je trouve qu’il rattrape un peu le reste du livre.

Qu’en retenir ? Franchement, ce n’est pas le roman du siècle. Le sujet est intéressant mais un peu rebattu — sur l’hypocrisie des familles bourgeoises catholiques, vous pouvez vous tourner avantageusement vers Les grandes familles de Druon. Le style est plat et sans grand intérêt, les personnages manquent souvent de profondeur. Je n’adhère pas au parti pris moral, pas seulement parce que je suis catholique et me sens attaquée, mais surtout parce que le roman aurait gagné à être plus nuancé. En revanche la narration chorale marche bien, c’est facile à lire, et il y a parfois de bonnes trouvailles, des personnages qu’il faudrait étoffer juste un peu plus pour ce que ce soit un très bon roman. Et évidemment, pour qui est en pleins préparatifs de mariage, cette Pièce montée évoque des choses familières…

Vous l’avez lu ? Vous en pensez quoi ?

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5 Réponses to “Pièce montée indigeste”

  1. Mouais. Un peu pareil que toi, finalement. Ce livre ne m’a fait ni-chaud, ni-froid. Je l’ai refermé sans ressentir quoi que ce soit de particulier.
    L’émotion de la dernière page, c’est un critère important… ce livre m’a laissée plutôt indifférente, et je me suis dit en le terminant: « Ca t’apprendra à te ruer bêtement sur les succès littéraires. »
    En fait, j’ai trouvé ce livre plat, manquant cruellement de profondeur, avec des personnages plutôt banals et pas assez exploités.

    Tiens, digression: ça ma fait penser à un bouquin que j’ai lu il y a peu, « Le Patron » (Célia Houdart). D’une sobriété extrême, avec des personnages esquissés, des descriptions aussi brèves qu’un haïku, et peu de pages… et pourtant, une émotion intense à la lecture. Comme quoi, le talent…

  2. Et bien moi, contrairement à vous 2, ce livre je l’ai bien aimé, ce n’est certes pas un chef d’oeuvre mais il est intéressant de mon point de vue.
    Tous les clichés du mariage bourgeois sont là : un mariage pensé comme un spectacle où tout doit être parfait. Jusque-là rien de très original, là où le premier roman de Blandine Le Callet est une réussite, c’est par son ton incisif qui égratigne les tabous (homosexualité, handicap…) et par la construction du roman qui est une suite de 9 chapitres où l’un des personnages tour à tour une enfant du cortège, le prêtre, la grand-mère de la mariée, l’oncle du marié, les mariés eux-mêmes… raconte ce grand jour de son point de vue et nous livre les évènements qui l’ont précédé, mordant !

  3. Marie said

    UneChambreàMoi : le Patron ? je note ! Je suis toujours à la recherche de trucs à lire ! En ce moment, je lis le Seigneur des anneaux, et contrairement à ce que j’avais imaginé il y a une vraie qualité littéraire (et linguistique). D’ailleurs, de temps en temps il me fait penser à Harry Potter, je me demande si JK Rowling ne s’en serait pas inspirée…

    Mariagesochic : tu as raison sur l’homosexualité et le handicap. Je ne m’attendais pas à ce que l’auteur aborde ces thèmes, et ça a été une bonne surprise. Mais bon, je suis assez difficile en termes de littérature contemporaine…

  4. pourquoisecompliquerlavie said

    N’oubliez pas de me garder le bouquin (pour mes voyages)

  5. J’ai bien aimé ce livre, et apprécié beaucoup le personnage du prêtre, qui pour moi ne croit pas « plus en Dieu », mais est gagné par un froid métaphysique,celui de la société occidentale où seules les apparences survivent. Pour moi la cérémonie religieuse est dans ce livre une façade bon chic bon genre, trahie par l’attitude envers la petite trisomique. Les prêtres sont très seuls aujourd’hui, et moi qui ne suis pas croyante, je les plains.

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