Le mariage catholique en France ou pourquoi l’Eglise a le cul entre deux chaises

3 septembre 2009

J’ai déjà mentionné ici que j’aimais bien les statistiques. Comme nous parlions de mariage catholique, j’ai eu la curiosité de chercher combien de mariages catho étaient célébrés en France…

Bah on pense ce qu’on veut de l’Eglise catholique, ils sont quand même super bien organisés ! Une recherche « nombre de mariages catholiques en France » sur Google m’a envoyée directement sur le site de la Conférence des évêques de France, qui présente de très instructifs tableaux statistiques.

On y apprend que les mariages catholiques sont en recul quasi constant depuis 1990, tout comme les baptêmes, même si les baptêmes des plus de sept ans progressent. En 2007, dernière année connue, 83 507 mariages catholiques ont été célébrés, dont 70 967 où les deux conjoints étaient catholiques et 12 542 où un seul conjoint était catholique. Dans le même temps, les mariages civils ont fluctué : en recul de 1990 à 1995 (point bas, avec 250 651 mariages), ils ont ensuite augmenté jusqu’à atteindre 305 500 mariages en 2000, puis diminué à nouveau, pour se stabiliser à 274 000 en 2006.

Une petite analyse de ces chiffres nous montre que le mariage catho perd du terrain en valeur relative : de 51% des mariages en 1990, il est passé à 32,5% en l’espace de 16 ans. Dans le même temps, les mariages mixtes (entre un catho et un non catho) sont passés de 7 à 15% du total des mariages catholiques.

Et pourtant, une récente étude IFOP indique que 64% des Français se disent catholiques, les autres se partageant entre 3% de protestants, 5% déclarant une autre religion et 28% sans religion. Les « messalisants », définis comme les personnes déclarant se rendre à la messe tous les dimanches, représentent 4,5% de la population, alors que les pratiquants occasionnels représentent un quart des catholiques, soit environ 16% de la population.

Nous avons donc selon l’IFOP 16% de la population française formée de catholiques pratiquants occasionnels, 4,5% de « messalisants » et 43,5% de catholiques non pratiquants. Or, on a vu que 32,5% des mariages sont des mariages catholiques. Ce chiffre est curieux : il ne correspond ni aux messalisants, ni aux pratiquants en général, et encore moins à l’ensemble des catholiques.

Je me suis demandée comment expliquer ça, et il existe à mon avis plusieurs hypothèses :

– soit les catholiques se marient moins souvent que les autres. Peu probable : 64% de catholiques pour 32,5% de mariages catholiques, cela ferait énormément de célibataires parmi les catholiques. Ou de prêtres et de religieux, par définition célibataires, mais ça se saurait s’ils étaient si nombreux. Mais les remariages de divorcés, interdits par l’Eglise, pourraient y être pour quelque chose : les divorcés représentent en 2007 19,2% des hommes et 18% des femmes qui se marient, d’après l’INSEE.

– soit les catholiques pratiquants sont plus enclins à se marier que les autres. Après tout le mariage est un sacrement pour les catholiques, et le concubinage n’est pas précisément bien vu par l’Eglise. On pourrait donc imaginer que les 20,5% de catholiques pratiquants dans la population française constituent les 32,5% de mariages catholiques observés par an — même s’il faudrait raffiner l’estimation pour inclure les mariages mixtes. Mais en 1990, les catholiques pratiquants étaient déjà presque à leur niveau actuel, alors que plus de la moitié des mariages étaient des mariages catholiques…

– soit on suppose que les catholiques se marient sensiblement à la même fréquence que les autres, et dans ce cas les mariages catholiques concernent à la fois les catholiques pratiquants, les non pratiquants et ceux qui ne se déclarent pas catholiques dans les enquêtes INSEE mais veulent quand même se marier à l’église (parce qu’ils épousent un catholique, pour faire plaisir à leur tante Gertrude, « parce que c’est joli » ou pour toutes sortes de raisons des plus légitimes aux plus futiles).

Cette troisième hypothèse est celle qui correspond le mieux à mes observations empiriques. Si on la croise avec la diminution du taux de mariages catholiques parmi les mariages, on peut supposer que, pour les non croyants, les raisons qui poussent à se marier à l’église deviennent moins puissantes (il y a moins de catholiques, donc moins de gens qui épousent des catholiques, les tantes Gertrude d’aujourd’hui font moins peur que celles d’il y a vingt ans, on commence à avoir honte de se marier à l’église juste parce que c’est joli…)

J’avoue que, pour ma part, ça ne me gêne pas que les non croyants se marient moins souvent à l’église, j’ai toujours trouvé ça hypocrite pas très cohérent. Mais l’Eglise catholique a une vocation missionnaire et cherche depuis 2000 ans à grossir ses rangs, pas à s’adresser uniquement à un petit groupe — à l’inverse du judaïsme, qui s’adresse à un peuple élu et ne cherche pas à convertir qui que ce soit, voire n’aime pas beaucoup les conversions. Et d’autre part, l’étude IFOP montre que la désaffection la plus importante est celle des messalisants, dont le nombre diminue bien plus vite que celui des catholiques en général.

Donc l’Eglise doit se dire, et on la comprend, que les couples qui s’adressent à elle pour se marier sont souvent non pratiquants, voire complètement dépourvus de connaissance de la Bible et de l’Eglise — et ce n’est pas l’école qui risque de les cultiver sur le sujet… groumpf. Il ne faut ni les faire fuir, ni leur donner un sacrement à la légère sans un minimum de cathéchisme. Comme je le disais élégamment dans le titre, l’Eglise a le cul entre deux chaises. D’où sans doute les bizarreries de mon bouquin de préparation au mariage, dont mon chéri et moi ne sommes manifestement pas la cible principale…

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11 Réponses to “Le mariage catholique en France ou pourquoi l’Eglise a le cul entre deux chaises”

  1. pourquoisecompliquerlavie said

    Ca je suis bien d’accord avec vous ! Vous n’êtes pas la cible du bouquin de préparation au mariage.
    De même, vous ne serez pas la cible des bouquins de préparation au baptème lorsque vous serez parents.
    Les obligations de préparation au baptème existaient déjà lors de la naissance de votre chéri. Inutile de vous dire que j’en ai été dispensée !

    Faut dire aussi que la seule visite que j’avais reçue (mais j’avais annoncé urbi et orbi que je n’en voulais aucune pour être tranquille) à la clinique avec été celle d’un vicaire de notre paroisse.

    Il a béni le bébé, m’a apporté une médaille de la chapelle miraculeuse, et moi j’ai foncé voir les infirmières pour leur demander du sparadrap. Allez donc accrocher une médaille sur un berceau en plexiglass !

    Notez que pendant le restant de mon séjour à la clinique, j’ai fourni nnombre d’explications sur ma foi… et l’importance pour moi de cette bénédiction et de la médaille, et du baptème qui allait avoir lieu trois jours après.

    Bon, ça n’a pas vraiment de rapport avec vos deux chaises et je vais essayer de préparer une réponse moins anecdotique et plus intelligente et mieux argumentée.

  2. Maud said

    Encore un super article !

    Un grand merci pour ce travail, à mon sens, réaliste.

  3. Julie said

    De mon côté, je pense qu’il manquerait une information pour pouvoir formuler des hypothèses qui « collent » plus à la réalité : quel est l’âge de ces populations ?
    64% des Français se disent catholiques, certes, mais si on prend une tranche d’âge correspondant à l’âge du mariage, voire avec une restriction à l’âge du premier mariage (disons les 18-32 ans, pour prévoir large). Combien de ces personnes se disent-elles catholiques ? Il est probable que le pourcentage soit différent de la moyenne nationale, et l’analyse s’en trouverait donc différente elle aussi !

  4. marion said

    Une autre chose qui n’est pas claire pour moi dans ton raisonnement (mais je viens de me lever)
    tu compares des pommes et des poires non ?
    – 32% des ‘mariages’ sont catholiques
    – 64% des ‘gens’ sont catholiques

    En plus il faut deux gens pour faire un mariage donc si 32% des mariages sont catholiques, et qu’on imagine que les deux gens sont catholiques ça veut plutôt dire que tous les catholiques font des mariages catholiques non?

  5. Marie said

    Julie : tu as parfaitement raison. Les catholiques sont plus âgés que la moyenne de la population, d’après l’étude que j’ai lue, et c’est d’autant plus marqué pour les plus pratiquants d’entre eux.

    Marion : oui mais il n’y a pas que les catholiques qui se marient deux par deux ! Alors soit 36% de pas cathos représentent 68% des mariages, soit certains catholiques ne se marient pas à l’église. Et il reste évidemment les mariages mixtes…

  6. AlmondFlower said

    Bonjour, je ne suis pas catholique ni croyante du tout, à part dans les thèses de Darwin, mais là c’est un autre sujet …
    Je suis tout à faire contente que d’autres aient une religion, grand bien leur fasse, par contre je suis aussi ravie que l’école de la république soit laïc, je me souviens d’ailleurs que je me plaignais au proviseur du prosélytisme de l’aumônerie au collège qui selon moi devrait être interdite à l’intérieur des murs de l’école publique.
    Donc, j’ai braqué sur cette constatation : « et ce n’est pas l’école qui risque de les cultiver sur le sujet… groumpf »
    Pourriez vous développer ?

    • Marie said

      Moi aussi je crois aux thèses de Darwin (d’ailleurs, pour autant que je sache, l’évolution c’est de la science, ça ne dépend pas des croyances de chacun) 😉

      Je respecte le fait que vous ne soyez pas croyante. C’est le cas d’un nombre toujours croissant de gens ! Pour moi la laïcité est le fait que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », comme il est écrit à l’article 2 de la loi de 1905. Cela permet de respecter toutes les croyances de manière égale. Le (les) pouvoir(s) religieux n’ont pas d’influence sur le pouvoir politique, et vice versa. Par ailleurs, la loi garantit aussi la liberté de culte. ça me semble juste.

      Donc je ne suis pas favorable à l’instauration d’un cathéchisme obligatoire, quel qu’il soit, à l’école. (Les aumôneries quant à elles sont considérées par la loi de 1905 comme un moyen de permettre le libre exercice des cultes). Mais quand je dis que l’école ne permet pas de se cultiver sur la religion, je fais allusion aux programmes scolaires français dans leur ensemble, qui évacuent de leur mieux l’existence des religions.

      Je pense qu’il est très important pour la culture et la tolérance de connaître les religions des autres. Moi qui suis catholique, je sais ce qui se passe dans la Bible, alors que certains de mes camarades athées ont, par exemple, eu beaucoup de difficultés à comprendre certains textes littéraires, qui comportaient des références à la Bible : Chateaubriand, Hugo, Sartre… D’autre part, au cours de ma scolarité, on m’a parlé très peu de l’islam, et pas du tout du judaïsme. Du confucianisme, un peu, pour dire que chez les Japonais le collectif prime sur l’individu 😉

      Dans ces conditions, je pense qu’on favorise une incompréhension face aux religions, qui peut donner des merveilles de finesse comme « l’islam est violent et tous les musulmans sont des terroristes », « Benoît XVI veut qu’on meure tous du SIDA », « les Japonais sont des fourmis », etc.

      Donc à mon avis, un cours sur l’histoire des religions serait plus que bienvenu à l’école. Je reconnais que ma formule était elliptique. Qu’en pensez-vous à présent ?

      • marion said

        @ Marie : bien développé!

        Mon petit témoignage n’apporte pas grand chose au débat mais bon…

        1 – Ayant grandi en Alsace, nous avons eu des cours de religion « obligatoires ». Les élèves sans religion regardaient des dessins animés en cours de morale – quelle injustice 😉 . Je suis maintenant agnostique mais d’une certaine façon, ces moments de discussion m’ont permis de me construire. On y parlait finalement aussi des choses de la vie : l’amour, la jalousie, l’amitié, le partage …

        2 – (Marie et moi avons un temps été en cours ensemble, et elle confirmera sans doute ces souvenirs) Au collège et au lycée, j’ai eu des classes très « mixtes », avec une forte proportion d’élève musulmans, et donc un absentéisme certain les lendemains de fête religieuse. Mine de rien, j’ai beaucoup appris en discutant de religion avec mes camarades !

        A mon avis, le religieux est du domaine privé et ne doit être imposé à personne. MAIS,au même titre que tout évènement de la vie, la religion et l’enseignement religieux ont une influence forte sur la façon qu’a chacun d’appréhender le monde qui l’entoure. Par conséquent, pour comprendre la personne que l’on a en face de soi, il faut tenir compte de cette part de sa personnalité autant que du reste de son histoire…

  7. pourquoisecompliquerlavie said

    @ Marie et Marion : Bravo.

    J’ajouterai sur un plan plus politique, qu’au départ, la laïcité en France consistait à ne pas tenir compte des religions.
    Aujourd’hui, c’est en train de devenir : nous un sommes un pays laïc, donc toute religion ou manifestation de religion est interdite en dehors des lieux de culte et des domiciles.
    L’URSS et les autres pays communistes appliquaient cette règle ! Mais chez eux la laïcité était une religion. Souvenons-nous en.

  8. Maud said

    @ toutes : merci pour ces commentaires aussi enrichissants que l’article lui même !

    Je rejoins Marie sur le programme scolaire. On appréhende plus sereinement ce que l’on connait. Par conséquent, cela aiderait peut-être à apaiser certaines haines.

  9. pourquoisecompliquerlavie said

    @ Maud : vous avez parfaitement raison. Et si chacun, y compris ceux qui font groumpf sur les sujets de religion, comprenait le pourquoi des actes de culte des autres, alors là commencerait le vrai respect.
    Ce ne serait plus le prétendu « respect » d’aujourd’hui qui se traduit en fait par : ça te regarde mais faut pas que ça me dérange.

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