Entretien avec un curé

26 septembre 2009

Désolée pour le bloguage léger de ces derniers jours… j’ai un peu intensifié ma recherche d’emploi, et après avoir rédigé des lettres de motivation, je n’avais plus l’énergie de bloguer, ou alors j’aurais conclu mes billets en vous priant de croire en l’assurance de ma considération distinguée — usages épistolaires d’un autre âge, d’autant plus ridicules que j’envoie ça par mail !

Bref. Mercredi nous avions rendez-vous avec le curé qui nous accompagne pour la préparation au mariage. J’avais apporté notre bouquin et son cahier d’activités rempli avec plus ou moins de soin ces dernières semaines, mais heureusement, il n’a pas vérifié nos devoirs. Comme nous le connaissons, je pense que cet entretien n’est pas franchement représentatif de ce à quoi les fiancés peuvent s’attendre typiquement en termes de préparation au mariage : nous avions apporté une bouteille de rouge, et sommes passés à table presque tout de suite. Je dois avouer que Monsieur le Curé s’en sort pas trop mal en termes de cuisine, et nous avons passé un très bon moment.

Il vient d’être affecté à sa paroisse, dans un quartier ancien, très aisé, avec son ambiance « village », son glacier, son Académicien, ses chanteurs et artistes, ses vieilles familles, et il avait pas mal d’anecdotes sur ses paroissiens !

Et puis nous avons parlé du mariage — quand même, c’est pour ça que nous étions venus à la base. Notre curé fait partie des nombreuses personnes qui sont ravies que nous ayons choisi de nous marier en décembre à Paris, c’est tellement plus simple. Nous avons parlé des textes et des chants que nous avons choisi, de l’heure de la cérémonie, des lettres d’intention que nous écrirons.

Les lettres d’intention (j’ai failli écrire de motivation : lapsus !) sont des documents que nous devons rédiger tous les deux. Soit nous écrivons chacun la nôtre, et en faisons ou pas une synthèse ensuite, soit nous en rédigeons une ensemble. C’est un (ou des) document(s) juridiques qui doit permettre de juger de la validité du mariage. Comme en droit des obligations, il y a quatre conditions de validité dans le mariage catholique (mais ce ne sont pas les mêmes). Je les ai peut-être déjà citées ici, mais au risque de radoter, ce sont : la liberté du consentement, la fidélité, l’indissolubilité du mariage et le désir d’avoir des enfants (et de les élever dans la religion catholique, même si selon notre curé ce point n’est pas strictement obligatoire).

– La liberté du consentement. Cela ressemble à première vue à la condition « consentement » en droit des obligations, mais cela va un peu plus loin. Par exemple, on peut estimer que des fiancés qui se marient très jeunes risquent de manquer de maturité, donc de ne pas consentir librement en connaissance de tout ce qu’implique le mariage. Il y a aussi le cas des couples qui se marient parce que la femme est enceinte par accident : si le bébé est la raison du mariage, on peut supposer que le consentement n’est pas parfaitement libre. Il peut le devenir ensuite, dit notre curé.

– La fidélité et l’indissolubilité renvoient à des choses proches, mais pas identiques. D’une part on s’engage à être fidèle à son conjoint, d’autre part on reconnaît que ce mariage durera toute la vie. Je pense par exemple aux personnes dont le conjoint a demandé et obtenu le divorce : certains, après le divorce, renoncent à toute relation amoureuse postérieure et se contraignent à rester seuls.

– Et enfin, les enfants. L’Eglise navigue entre deux écueils : elle demande aux couples d’accepter les enfants que Dieu leur donne, mais en même temps elle est consciente de la nécessité d’être responsable dans la parentalité : elle n’encourage pas à avoir huit enfants quand on ne peut pas le supporter financièrement ou psychologiquement. Evidemment, reste le cas des couples qui aimeraient des enfants et n’arrivent pas à en avoir. L’Eglise n’est pas favorable à la procréation médicalement assistée, à mon avis pour plusieurs raisons. D’abord parce que les enfants sont un don de Dieu. Et puis sur un autre plan, à cause des embryons surnuméraires qui résultent de la FIV, et dont la « destruction » supprime une vie humaine, chose que l’Eglise refuse. J’ai peur d’être beaucoup trop réductrice en expliquant ça de cette manière, soyez indulgents, et je suis évidemment ouverte à toutes vos lumières sur le sujet.

Que se passe-t-il si une ou plusieurs de ces conditions ne sont pas respectées ? Comme en droit des obligations, là aussi : le mariage est nul. Avec une nuance importance : alors qu’en droit, la nullité d’un contrat doit être prononcée par un juge, la reconnaissance de nullité d’un mariage par l’Eglise n’est que cela : une reconnaissance, un jugement déclaratif, et pas constitutif, selon les mots de mon juriste défroqué de fiancé. C’est-à-dire que le mariage est nul dès que l’une des conditions n’est pas respectée, l’intervention de Rome ne sert qu’à le proclamer.

Après le dessert (la meilleure glace au caramel au beurre salé du monde !), nous avons parlé de choses plus concrètes : une retraite dans une abbaye un de ces prochains week-ends, notre prochain rendez-vous, les devoirs à faire d’ici là. Et de nos parents, de nos disputes, de nos difficultés.

Je commence à me dire que je serai soulagée quand toute cette histoire de mariage sera terminée. Le jour J, ce sera sympa, sûrement, mais c’est la suite qui est la plus intéressante. J’ai hâte d’y être.

Au fait, puisqu’on est dans un article « catho », j’en profite pour vous recommander l’excellent site/blog collectif Sacristains, « le site qui sonne les cloches », et dont le Mission Statement précise qu’il se veut « un espace sur internet destiné à mutualiser [les] (modestes) contributions [de ses membres] à la transmission du message du Christ ». J’ai récemment tiqué sur un article sur les femmes, et il y a aussi ces trois articles passionnants sur les divorcés remariés dans l’Eglise.

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Quelqu’un m’a demandé récemment si je pourrais faire un billet sur les contrats de mariage.  J’ai essayé, j’ai cherché des informations, j’ai cru comprendre… et en entrant dans les détails, je me suis aperçue que c’était beaucoup plus compliqué que je le croyais…

En revanche, je vous invite à consulter la section dédiée dans le site de la Chambre des notaires de Paris, c’est vraiment bien fait. Il y a aussi des questions-réponses sur les contrats de mariage. Et évidemment, nos amis les notaires peuvent aussi vous aider pour les testaments, les divorces, les donations, l’achat et la vente d’appartements… Le site est même assez joli !

Vous l’aurez deviné, nous sommes nous-mêmes en train de chercher un notaire pour notre contrat de mariage…

Pièce montée indigeste

14 septembre 2009

C’est ce que je me suis dit en lisant le roman de Blandine Le Callet, Une pièce montée. Comme il n’est pas tout récent, je suppose que beaucoup d’entre vous en ont entendu parler, mais pour les autres : c’est le mariage de Bérangère et Vincent, un mariage pseudo-catho prout-prout à la campagne, avec chapeaux, grandes familles et une bonne dose de tartufferie. Au fil des chapitres, l’auteur adopte successivement le point de vue de 9 protagonistes, chez qui ce mariage éveille des interrogations et des rancoeurs toutes personnelles…

Image piquée sur livredepoche.com
Image piquée sur livredepoche.com

Le début, que j’ai lu dans la librairie avant d’acheter le bouquin, me semblait prometteur. C’est un grand plaisir pour moi de lire dans les librairies, et c’est tout à fait praticable quand il y a suffisamment de gens autour, j’ai lu comme ça un Nothomb en entier une fois. Je ne suis généralement pas friande des mariages de fiction, que ce soient les 27 robes de Katherine Heigl, distrayant sans plus, le mariage du meilleur ami de Julia Roberts qui n’était pas si drôle, ou ce film dont le titre m’échappe, où Jennifer Lopez est wedding planner et tombe amoureuse de son client. Ce dernier m’avait bien plu, j’avais entrevu une fin originale où chacun se marierait avec son partenaire « officiel » et où les relations de couple cimentées au fil des années compteraient davantage qu’un coup de coeur passager, mais il semblerait qu’il ne faille pas trop en demander à Hollywood…

Revenons donc à cette fameuse pièce montée. Au début on découvre Pauline, l’une des DOUZE enfants d’honneur du couple — comme le souligne un personnage du livre, c’est assez ridicule, et ça donne le ton du mariage. Dans une interview, l’auteur avouait avoir mis en Pauline certains traits d’elle-même petite… Ce premier chapitre m’a paru assez convaincant, à défaut de casser des briques en termes de style — c’est assez plat. On y découvre aussi Lucie, une petite fille trisomique qui est un excellent personnage. ça se gâte un peu au second chapitre. C’était une bonne idée de s’intéresser au prêtre, Blandine Le Callet a assez de culture religieuse pour que ce soit un personnage convaincant, mais pourquoi ce postulat que tous les cathos sont des hypocrites ? Au lieu de créer un prêtre qui doute (ce qui était son intention de départ, je suppose), l’auteur nous donne un prêtre qui ne croit pas en Dieu. C’est beaucoup moins intéressant. Et c’est dommage, elle aurait pu faire davantage avec ce personnage-là.

On passe ensuite à divers invités, qui nous offrent parfois des narrations croisées du même épisode. C’est efficace et bien fait. Marie et Jean-Philippe, en particulier, sont de bonnes idées. Mais je regrette que dans tout le roman, les personnages sympathiques soient les célibataires et les athées. C’est une vision un peu trop manichéenne à mon goût.

Je remarque aussi que tous les personnages qu’on suit se sentent étouffés dans cette famille. J’hésite à interpréter cet aspect-là de la narration. Soit c’est de la paresse de la part de l’auteur, qui ne s’intéresse jamais aux personnages décrits comme méchants et tartuffes (les mères des mariés, par exemple), soit ce qu’elle veut nous dire, c’est que les membres de la famille créent eux-mêmes, pour toutes sortes de raisons, cette ambiance dont ils souffrent. Par exemple, Marie souffre d’être comparée à Bérangère, mais Bérangère ne se trouve au fond pas aussi intelligente que Marie…

Et la mariée, justement… Bérangère est avocat (on y croit moyennement, soit dit en passant). Elle est aussi présentée comme une insupportable minette superficielle, une Bridezilla intéressée uniquement par la perfection de son mariage, et qui en oublie son mari en chemin. Elle est méchante gratuitement envers la nièce trisomique du dit mari. C’est un personnage très superficiel, malgré une allusion glissée à une affaire de violences familiales dont elle s’occupe à son cabinet. Elle ne devient intéressante qu’à la fin, grâce à sa relation avec sa grand-mère. Le revirement est inattendu, pas très crédible. Mais allez savoir pourquoi, je trouve qu’il rattrape un peu le reste du livre.

Qu’en retenir ? Franchement, ce n’est pas le roman du siècle. Le sujet est intéressant mais un peu rebattu — sur l’hypocrisie des familles bourgeoises catholiques, vous pouvez vous tourner avantageusement vers Les grandes familles de Druon. Le style est plat et sans grand intérêt, les personnages manquent souvent de profondeur. Je n’adhère pas au parti pris moral, pas seulement parce que je suis catholique et me sens attaquée, mais surtout parce que le roman aurait gagné à être plus nuancé. En revanche la narration chorale marche bien, c’est facile à lire, et il y a parfois de bonnes trouvailles, des personnages qu’il faudrait étoffer juste un peu plus pour ce que ce soit un très bon roman. Et évidemment, pour qui est en pleins préparatifs de mariage, cette Pièce montée évoque des choses familières…

Vous l’avez lu ? Vous en pensez quoi ?

Neuf-neuf

10 septembre 2009

Je me souviens bien du 9 septembre 1999. Il y a eu de très nombreux mariages ce jour-là, les gens trouvaient ça rigolo de s’unir le 9/9/99. Un couple de ma famille s’est d’ailleurs marié ce jour-là. Hier c’était le 9/9/9 et en passant devant un bar, j’ai croisé des ballons en forme de coeur et une dame en tailleur bordeaux brillant et chapeau-Ascot. Vous savez, le genre de chapeaux qu’on met uniquement à deux occasions : les courses hippiques et les mariages cathos.

Mais il n’y a pas que les mariages dans la vie. Le 9 septembre c’est mon anniversaire : j’ai eu 23 ans hier.

J’adore les surprises, contrairement à mon fiancé qui déteste ça (c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi ma robe de mariée avec lui). Et comme c’est un chéri parfait, il m’a organisé une fête surprise parfaite ! Samedi, il me propose de prendre l’air, d’aller nous balader près de la BNF. J’aime bien ce quartier, et en plus à la BNF il y a le MK2, j’accepte volontiers. C’est le début de l’après-midi, on prend des rues un peu au hasard, et puis il s’arrête devant la vitrine d’un café-restau. Intriguée, je regarde l’enseigne et reconnais le restau de notre ami Franck, qui vient d’ouvrir et où nous nous étions promis d’aller déjeuner un jour.

Chouette, on va dire bonjour à Franck ! Quelle bonne idée ! Je le vois en entrant, m’avance pour lui faire la bise, et là…

– Surprise ! crient en choeur les quinze amis qui s’étaient planqués derrière des plantes vertes.

Après ça… on a bien mangé (des plateaux de toutes sortes de petits fours, du saumon fumé, des brochettes de poisson, puis des salades de fruits et des mousses au chocolat), bien bu (des kirs, des jus de fruits, des cafés, des vodka-orange et j’en passe), beaucoup discuté de cette rentrée et de nos projets à tous, et on a fini par un poker. Je les ai plumés, évidemment. Sauf qu’on jouait des cure-dents.

J’ai même eu des cadeaux : un roman, un petit bouquin de « conseils avisés pour temps de crise » très drôle, une préparation pour fondue au chocolat, et… mon fiancé, en allumant la dernière cigarette de son paquet, m’a dit « J’ai un cadeau d’anniversaire pour toi. C’est la dernière. J’arrête de fumer ».

Merci à vous tous.

(Bon, en fait il y a quand même un rapport avec le mariage. Il est assez possible que nous organisions la réception du mariage là. L’endroit nous plaît, les propriétaires sont sympas, on y mange super bien, et la salle contiendrait nos invités. Et puis c’est vrai, le lieu ne fait pas trop « mariage », c’est très éloigné du château en Normandie prout-prout… et ça, ça me plaît beaucoup ! Esprit de contradiction, je disais !)

A la base je n’ai pas d’opinion sur les fleurs. On m’en a rarement offert et ça ne me manque pas. Elles sont belles dans la nature mais faire l’effort de cultiver soi-même des trucs qui ne se mangent pas, bof. Remarquez, il paraît qu’on peut se servir de fleurs en cuisine. Enfin bon, il paraît aussi qu’on peut faire de la cuisine au sperme, ce n’est pas pour autant que c’est appétissant !

Et puis j’ai commencé à lire par-ci par-là des conseils « pour les fleurs de votre mariage ». Alors si j’ai bien compris les fleurs sont censées avoir deux usages lors d’un mariage : le bouquet de la mariée et la déco.

En réfléchissant un peu, je suppose que l’usage de fleurs pour décorer venait du fait que les fleurs poussent gratuitement dans les jardins, et que c’était l’élément de décoration facile, mignon et pas cher des mariés du XIXe siècle à la campagne. Mais j’avoue que j’ai un peu de mal à voir la nécessité des fleurs pour un mariage en hiver à Paris. Parce que si c’est pour détruire son portefeuille et concomitamment la planète à faire venir des fleurs exotiques par avion, il y a peut-être d’autres options possibles… Je ne sais pas moi, des bougies, des mobiles, des personnages en origami ?

Et puis vient le bouquet de la mariée. J’ai cherché, je n’ai pas trouvé d’où venait cette coutume. Il paraît que le fait de lancer le bouquet, vu et revu dans les comédies romantiques américaines, serait en fait une brillante idée des Français de la Renaissance. Il paraît aussi que le marié doit choisir le bouquet, qui doit aller avec la robe bien sûr, mais hors de question pour lui de voir la robe avant le mariage. Quel coupage de cheveux en quatre… Nous, nous avons choisi ma robe ensemble, et quant aux fleurs, je doute que ça passionne mon chéri. En revanche sa mère est tout à fait motivée, on n’aura qu’à choisir ça toutes les deux.

De toute façon c’est vite vu. Mes fleurs préférées sont les coquelicots, et une grande part de leur charme à mes yeux tient au fait qu’on ne peut pas les cueillir sans les tuer. Elles vivent dans les champs, elles restent dans les champs, et meurent plutôt que de renoncer à leur liberté. Sinon, j’aime bien les lys, je les trouve assez élégants. Alors puisqu’il faut un bouquet, deux-trois lys seront très bien. Et on verra bien si mon fiancé réussira à en mettre un à sa boutonnière — si c’est le cas, je ferai une photo !

Enfin bref. Je crois savoir qu’il y a parmi mes lectrices (et lecteurs ? Manifestez-vous !) des gens qui connaissent et aiment les fleurs. Je suis tout ouïe, apprenez-moi. Vous avez même le droit de trouver que j’ai TROP l’esprit de contradiction.

Mais ne comptez pas sur moi pour lancer le bouquet !

J’ai déjà mentionné ici que j’aimais bien les statistiques. Comme nous parlions de mariage catholique, j’ai eu la curiosité de chercher combien de mariages catho étaient célébrés en France…

Bah on pense ce qu’on veut de l’Eglise catholique, ils sont quand même super bien organisés ! Une recherche « nombre de mariages catholiques en France » sur Google m’a envoyée directement sur le site de la Conférence des évêques de France, qui présente de très instructifs tableaux statistiques.

On y apprend que les mariages catholiques sont en recul quasi constant depuis 1990, tout comme les baptêmes, même si les baptêmes des plus de sept ans progressent. En 2007, dernière année connue, 83 507 mariages catholiques ont été célébrés, dont 70 967 où les deux conjoints étaient catholiques et 12 542 où un seul conjoint était catholique. Dans le même temps, les mariages civils ont fluctué : en recul de 1990 à 1995 (point bas, avec 250 651 mariages), ils ont ensuite augmenté jusqu’à atteindre 305 500 mariages en 2000, puis diminué à nouveau, pour se stabiliser à 274 000 en 2006.

Une petite analyse de ces chiffres nous montre que le mariage catho perd du terrain en valeur relative : de 51% des mariages en 1990, il est passé à 32,5% en l’espace de 16 ans. Dans le même temps, les mariages mixtes (entre un catho et un non catho) sont passés de 7 à 15% du total des mariages catholiques.

Et pourtant, une récente étude IFOP indique que 64% des Français se disent catholiques, les autres se partageant entre 3% de protestants, 5% déclarant une autre religion et 28% sans religion. Les « messalisants », définis comme les personnes déclarant se rendre à la messe tous les dimanches, représentent 4,5% de la population, alors que les pratiquants occasionnels représentent un quart des catholiques, soit environ 16% de la population.

Nous avons donc selon l’IFOP 16% de la population française formée de catholiques pratiquants occasionnels, 4,5% de « messalisants » et 43,5% de catholiques non pratiquants. Or, on a vu que 32,5% des mariages sont des mariages catholiques. Ce chiffre est curieux : il ne correspond ni aux messalisants, ni aux pratiquants en général, et encore moins à l’ensemble des catholiques.

Je me suis demandée comment expliquer ça, et il existe à mon avis plusieurs hypothèses :

– soit les catholiques se marient moins souvent que les autres. Peu probable : 64% de catholiques pour 32,5% de mariages catholiques, cela ferait énormément de célibataires parmi les catholiques. Ou de prêtres et de religieux, par définition célibataires, mais ça se saurait s’ils étaient si nombreux. Mais les remariages de divorcés, interdits par l’Eglise, pourraient y être pour quelque chose : les divorcés représentent en 2007 19,2% des hommes et 18% des femmes qui se marient, d’après l’INSEE.

– soit les catholiques pratiquants sont plus enclins à se marier que les autres. Après tout le mariage est un sacrement pour les catholiques, et le concubinage n’est pas précisément bien vu par l’Eglise. On pourrait donc imaginer que les 20,5% de catholiques pratiquants dans la population française constituent les 32,5% de mariages catholiques observés par an — même s’il faudrait raffiner l’estimation pour inclure les mariages mixtes. Mais en 1990, les catholiques pratiquants étaient déjà presque à leur niveau actuel, alors que plus de la moitié des mariages étaient des mariages catholiques…

– soit on suppose que les catholiques se marient sensiblement à la même fréquence que les autres, et dans ce cas les mariages catholiques concernent à la fois les catholiques pratiquants, les non pratiquants et ceux qui ne se déclarent pas catholiques dans les enquêtes INSEE mais veulent quand même se marier à l’église (parce qu’ils épousent un catholique, pour faire plaisir à leur tante Gertrude, « parce que c’est joli » ou pour toutes sortes de raisons des plus légitimes aux plus futiles).

Cette troisième hypothèse est celle qui correspond le mieux à mes observations empiriques. Si on la croise avec la diminution du taux de mariages catholiques parmi les mariages, on peut supposer que, pour les non croyants, les raisons qui poussent à se marier à l’église deviennent moins puissantes (il y a moins de catholiques, donc moins de gens qui épousent des catholiques, les tantes Gertrude d’aujourd’hui font moins peur que celles d’il y a vingt ans, on commence à avoir honte de se marier à l’église juste parce que c’est joli…)

J’avoue que, pour ma part, ça ne me gêne pas que les non croyants se marient moins souvent à l’église, j’ai toujours trouvé ça hypocrite pas très cohérent. Mais l’Eglise catholique a une vocation missionnaire et cherche depuis 2000 ans à grossir ses rangs, pas à s’adresser uniquement à un petit groupe — à l’inverse du judaïsme, qui s’adresse à un peuple élu et ne cherche pas à convertir qui que ce soit, voire n’aime pas beaucoup les conversions. Et d’autre part, l’étude IFOP montre que la désaffection la plus importante est celle des messalisants, dont le nombre diminue bien plus vite que celui des catholiques en général.

Donc l’Eglise doit se dire, et on la comprend, que les couples qui s’adressent à elle pour se marier sont souvent non pratiquants, voire complètement dépourvus de connaissance de la Bible et de l’Eglise — et ce n’est pas l’école qui risque de les cultiver sur le sujet… groumpf. Il ne faut ni les faire fuir, ni leur donner un sacrement à la légère sans un minimum de cathéchisme. Comme je le disais élégamment dans le titre, l’Eglise a le cul entre deux chaises. D’où sans doute les bizarreries de mon bouquin de préparation au mariage, dont mon chéri et moi ne sommes manifestement pas la cible principale…

Pas moins de 10 000€

1 septembre 2009

Ce week-end, j’ai vu Z, une de mes meilleures amies, qui est aussi un de mes témoins. Mes témoins gagnent à être connues, je ferai un article sur elles un  jour. Z, donc, est une langue de pute vipère à ses heures, et moi aussi. Pour peu qu’on trouve la bonne victime, on est redoutables. Et hier, la victime s’est présentée sur un plateau en argent.

B est une connaissance, que Z voit de temps en temps parce qu’elles ont un groupe d’amis communs. Son grand problème dans la vie est de ne pas avoir de mec. Donc elle jalouse un peu ses copines qui en ont un (surtout quand il est polytechnicien) et fait des plans sur la comète. C’est ainsi qu’un jour, elle s’est écriée :

– De toute façon, si on me demande en mariage et que la bague vaut moins de 10 000€, je dis non !

Photo : Rubyran

Photo : Rubyran

Je ne sais même pas où commencer quant à cette phrase débile. Je précise que l’intéressée a 24 ans…

Voyons… 10 000 ? Pourquoi pas 100 000 ? Tu veux épouser un trader ? Un émir de Dubaï ? Tu juges les gens à leur fortune la fortune de leurs parents ? Tu es au courant que 10 000€ ça fait presque un an de SMIC, et qu’on achète des voitures très bien à ce tarif-là ? Mais quelle éducation tu as reçue au juste, petite conne ?