J’ai eu la chance d’être invitée, dimanche dernier, au mariage de la fille d’un ami de la famille de mon fiancé. Les organisateurs se reconnaîtront s’ils passent par là, merci à eux, c’était génial !

Pour situer un peu la chose : les mariés, O. et D., sont des jeunes gens de notre âge. Ils avaient invité environ 400 personnes, c’est franchement impressionnant. Et, comme ils sont juifs orthodoxes, il y avait quelques particularités, vestimentaires en particulier (pour les femmes, se couvrir les bras et porter une jupe au moins au genou, les femmes mariées se couvrent les cheveux ; pour les hommes, la kippa).

Le mariage avait lieu en plein air, sur une terrasse avec une vue sublime. Un dais nuptial avait été monté.

Voilà, un peu comme ça (c) yosefsilver

Voilà, un peu comme ça (c) yosefsilver

Le mariage avait lieu à la tombée du jour, c’était très bien calibré : la cérémonie a commencé alors qu’il faisait encore jour, et il faisait sombre quand elle s’est achevée. Le moment où la nuit tombe est considéré comme propice — et nous a offert un paysage sublime, accessoirement.

Le rabbin déplie la Ketoubah, le contrat de mariage, et la fait relire par les témoins. Ensuite, le fiancé, vêtu de blanc en signe de pureté, de royauté mais aussi de fragilité, revêt sa fiancée d’un voile de dentelle blanc offert par son père, puis son futur beau-père lui remet un châle de prière dont il se drape.

Le fiancé a enuite été escorté par une foule bondissante d’amis, qui chantait joyeusement,tous vêtus de pantalons noirs, et chemises blanches, jusqu’au dais. Les autres hommes de la noce suivaient. Les chanteurs sont ensuite retournés chercher la mariée et l’ont escortée de la même manière jusqu’au dais, suivis des femmes. Au passage, j’ai remarqué que les femmes étaient toutes vêtues de couleurs vives, qui tranchaient joyeusement avec les atours noirs et blancs des hommes. En effet, quand les hommes se sont mis à porter des costumes sombres au XIXe siècle, à la base c’était pour faire mieux ressortir les robes colorées des femmes. On a tout tué avec nos stupides « petites robes noires »…

Le dais était entouré de musiciens, qui se sont mis à jouer un air lent, langoureux, à l’arrivée de la mariée. Au bras de sa mère et sa future belle-mère, elle a fait sept fois le tour du dais, lentement, visiblement très émue — et le marié l’était au moins autant.

La suite est bien décrite par ce passage du Roman d’Odessa, par Michel Gurfinkiel* : « [Le rabbin] officie. Il bénit une coupe de vin puis prononce la bénédiction du mariage : « Béni sois-Tu, Eternel, notre Dieu et Roi du monde,  qui nous a sanctifiés par tes commandements et institué les lois gouvernant les unions entre hommes et femmes… » Il tend ensuite la coupe [au fiancé] puis à [la fiancée], qui soulève son voile pour boire. Le fiancé passe ensuite l’anneau à l’index de la fiancée. Le rabbin égrène, un à un, les mots que le fiancé doit alors prononcer : « Voici, tu m’es consacrée par cette bague, selon la Loi de Moïse et d’Israël ». [Le fiancé] les répète, un à un. »

Suivent sept bénédictions nuptiales prononcées par des notables — l’un d’entre eux avait visiblement du mal à déchiffrer l’hébreu… Puis le marié brise un verre (en souvenir de la destruction du temple de Jérusalem) et tout le monde crie « Mazel Tov ! »

Après… Contrairement à d’autres mariages auxquels j’ai pu assister, on a échappé au moment où chaque invité se sent obligé d’aller féliciter personnellement les mariés, heureusement, je trouve que ça ressemble beaucoup trop aux condoléances à la fin d’un enterrement.

Les mariés avaient choisi un service très ingénieux : nous étions placés à des tables rondes d’une dizaine de personnes (bien constituées, mon fiancé et moi avons écopé de voisins de table charmants et très intéressants), et les serveurs ont posé sur la table plusieurs plats, dans lesquels nous nous sommes servis comme des grands. Du coup, ce n’est pas trop formel, et nous avons pu manger ce que nous voulions, dans les quantités que nous voulions — eh oui, un mariage où on sort de table pas ballonné, ça existe ! En plus, c’était délicieux !

On a commencé à danser entre l’entrée et le plat. Mariage orthodoxe oblige, nous avons dansé séparés, les hommes et les femmes de part et d’autre d’un paravent. Le père de la mariée nous a expliqué que cela permet à chacun — et aux femmes en particulier — de se sentir plus libres, et donc de se lâcher plus. C’est peu de le dire… les danseuses dégagaient une énergie inouïe, c’était joyeux, on sautait dans tous les sens. Débutante que je suis, j’ai été vite fatiguée, mais il paraît que l’endurance vient avec la pratique, la soeur de la mariée m’a raconté qu’elle allait à 20 mariages par an en moyenne !

Voilà… que dire de plus ? C’est très difficile de raconter le mariage, c’était beau, c’était émouvant, et je ne sais pas retranscrire cette ambiance unique… Surtout, le mariage était complètement dépourvu des chichis qui m’énervent, les femmes coincées du c*l avec leur chapeau, les hommes engoncés dans leur cravate — eh oui, presque aucune cravate à l’horizon ! — le découpage cérémonieux de la pièce montée… Ne restait que l’essentiel : deux jeunes gens qui s’aiment, heureux de s’unir devant leur famille et leurs amis venus de partout et de fêter ça. J’espère que nous pourrons faire une cérémonie aussi belle.

(* Pour en apprendre plus sur les mariages juifs, je vous conseille ce livre, paru aux Editions du Rocher. On y trouve, entre autres, la description d’un mariage, mais aussi l’histoire de la ville d’Odessa par le biais des personnalités qui y ont vécu, notamment Jabotinsky, l’un des fondateurs du sionisme. Et le style de l’auteur vaut le coup à lui tout seul.)

Mariage so chic

20 mai 2009

Vous en avez marre de me subir ici ? Eh bien vous pourrez changer, et aller me lire là-bas !

Isabelle Abellan, la fondatrice et directrice de la publication du magazine en ligne Mariage so chic, m’a contactée il y a quelque temps pour me proposer que nous collaborions. Je suis donc fière de vous annoncer la publication aujourd’hui même de mon article, intitulé « Cortège de mariage : mode d’emploi » sur Mariage so chic. A priori il y en aura d’autres, mais je ne garantis rien en termes de deadline 😉

Cortège de mariage (c) Cyrillus

Cortège de mariage (c) Cyrillus

Je ne suis pas rémunérée pour le faire, l’idée est de proposer aux lecteurs d’Isabelle un point de vue d’insider sur le mariage, par une future mariée, et pour moi de toucher un lectorat différent de celui du blog.

Je n’ai pas changé d’avis sur les sites consacrés au mariage : comme je le disais ici même il y a quelques mois, la plupart d’entre eux sont de qualité vraiment médiocre, avec simplifications abusives, cucuterie et fautes d’orthographe. Et aussi des erreurs factuelles parfois grosses comme une maison. Par exemple : contrairement à ce qu’on peut lire sur certains sites, l’âge minimal pour se marier est de 18 ans en France, pour les hommes comme pour les femmes. Et ce depuis la loi n° 2006-399 du 4 avril 2006 renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre les mineurs, qui a entre autres choses aboli la possibilité pour les femmes de se marier dès 15 ans. Les rédacteurs du texte entendaient lutter contre les mariages forcés de mineures. La loi dispose également que les auteurs de violences conjugales doivent être éloignés du domicile du couple, et crée des circonstances aggravantes pour les époux, concubins, pacsés présents et passé en cas de meurtre. C’est très intéressant, je vous invite à en lire le texte complet.

Bref. Donc je n’aime pas être prise pour une conne par des gens qui font mal leur travail et entendent faire quand même des profits grâce à la pub surabondante sur leurs site.

C’est là qu’Isabelle entre en scène. Elle m’a écrit pour commenter un article, et j’ai découvert son magazine en ligne, qui non seulement est loin d’être bête, mais qui en plus propose des tas de bonnes idées et adresses innovantes pour organiser son mariage, des bons plans qu’on ne voit pas ailleurs. Par exemple, récemment, comment organiser sa réception de mariage dans un cirque — une idée fabuleuse, qu’est-ce que ça doit être sympa !

La cible : les futures mariées modernes, exigeantes et en quête d’idées nouvelles. ça vous parle ? Allez voir ! Vous pourrez créer votre compte sur le site et participer aux essais de produits de beauté, partager vos préparatifs, créer votre agenda et votre budget. Ou alors juste lire les articles.

Chers lecteurs,

20 mai 2009

Juste un petit message. Je viens de regarder les stats du blog, et il n’y a pas à dire, j’ai beau faire de longs développements sur des articles de recherche passionnants et peu connus, rien à faire, c’est encore et toujours les articles qui parlent de fringues qui attirent le plus de lecteurs. En l’occurrence, le podium est trusté à ce jour par :

3e position : l’article de mon fiancé sur les uniformes. Mon chéri, tes fans te réclament, écris plus !

2e position : les robes de mariée à manches longues

Et la palme d’or de l’article le plus lu : mon compte-rendu du salon du mariage au Carrousel du Louvre.

Bon bah ça va, hein, j’ai compris. Je vais parler de fringues alors. Enfin,pas trop quand même, c’est pas vraiment mon domaine à la base, moi c’est plutôt l’économie… Vous voulez pas plutôt des stats de l’INSEE ?

Digression : j’aimerais bien faire des titres d’articles qui soient sur ce même modèle « comment […] quand on est con et pleurnichard », un peu comme les « Celui qui » de Friends. Mais je n’ai pas assez d’imagination. Snif.

Autre digression : on dit « saison des mariages » comme on dit « saison des Assemblées Générales du CAC 40 », et maintenant que j’y réfléchis le rapprochement se justifie, les deux se ressemblent quand même beaucoup ! Les deux se passent à la même époque de l’année, les invités y subissent des discours lénifiants pendant plusieurs heures, à l’issue desquels ils se jettent sur le buffet pour se soûler et se goinfrer à l’œil, voire dragouiller, et on leur remet un petit cadeau (dragées, rapport annuel) à la fin. Au final le plus heureux, c’est le spécialiste d’événementiel qui a organisé la soirée et présente sa facture dodue.

Warren Buffett à lAG de Berkshire Hathaway (c) TEDizen

Warren Buffett à l'AG de Berkshire Hathaway (c) TEDizen

Ah si, il y a une différence en fait : dans les mariages, les actionnaires ne votent pas pour les membres du Conseil d’Administration. Remarquez, ça pourrait être drôle, mon fiancé m’a parlé d’un truc sur MySpace où les internautes pouvaient voter pour leur couple préféré parmi une dizaine, à la clef pour les gagnants un parfait mariage kitsch meringueux.

Bref. J’ai pris un verre avec mon fiancé et un ami hier, qui nous a raconté être allé récemment à une AG – où il a croisé un autre ami, les deux y étaient pour leur travail, le monde est petit. Des milliers d’hôtes et d’hôtesses, encore davantage d’actionnaires individuels, et apparemment le comportement de ces vieux croûtons messieurs dragueurs séniles n’a pas changé depuis ma dernière expérience de la chose. Pour un boulot moi aussi, je n’ai déjà pas de quoi payer mon propre mariage, alors acheter des actions…

Bon, en guise d’introduction c’est raté, en vingt lignes je ne suis toujours pas arrivée au sujet que je voulais aborder, à savoir les invités aux mariages.

Statistiquement, on est plus souvent dans la position de l’invité que dans celle du marié ou de la mariée – heureusement ou malheureusement, à vous de voir. Mais d’après ce que j’en sais, invité c’est quand même beaucoup plus tranquille, vous pouvez vous cacher dans un coin pour dévorer à loisir les victuailles que vous avez grappillées au buffet, vous pouvez draguer qui vous voulez, et même partir avant la sacro-sainte pièce montée.

En contrepartie, l’invité a quand même un certain nombre d’obligations – non, pas des obligations convertibles, des devoirs à accomplir. Etre invité c’est un droit, c’est aussi un devoir, comme le dit (presque) l’inscription sur la carte électorale. Et justement, le week-end des Européennes, mon fiancé et moi sommes invités au mariage de mon cousin. En fait, nous avons peu d’amis qui se marient (nous sommes à peu près les premiers), donc c’est un événement assez rare pour nous. Bon, c’est pas bien compliqué non plus d’être invité à un mariage, d’autant plus que sur ce coup-là c’est mon père qui conduira les mariés puisqu’il est l’heureux propriétaire d’une voiture ancienne, donc ça nous offrait le carton d’invitation de toute manière !

Ça doit figurer dans les manuels de la baronne Staffe, chère à la mère de mon fiancé, le cadeau de l’invité est censé représenter une valeur équivalente à celle de son couvert au repas de mariage. Evidemment, chacun donne selon ses moyens, suivant qu’il ait ou pas des stock options… De leur côté, les mariés dressent souvent une liste de mariage, de voyage, ou préfèrent recevoir de l’argent, ou encore demandent aux invités de faire des dons à une association. Des mariés bien élevés ne le mentionnent pas sur leur carton d’invitation, il faut leur demander l’option qu’ils auront retenue. S’il y a une liste, ce n’est pas juste pour faire joli, c’est pour éviter des cadeaux bien intentionnés mais qui tombent à plat, donc suivez la liste, même si elle est tarte. Qui sait, ils veulent peut-être vraiment cette soupière à fleu-fleurs, qui êtes-vous pour leur dénier ce droit fondamental ?

Les autres obligations des invités ne vont pas bien plus loin que ce que prévoient de toute manière la décence et les bonnes mœurs : porter une tenue décente (l’occasion annuelle de sortir la cravate de sa naphtaline), éviter de rouler une pelle à la mariée, ne pas faire sonner son portable à la messe, éviter de la ramener avec les statistiques du divorce… Et puis surtout, ne pas oublier : la mariée est belle. La mariée est toujours belle, elle est belle par destination puisque c’est le jour de son mariage, donc on la complimente, plein de fois. Oui oui, même maquillée comme un camion volé avec ces fleurs en tissu bizarres dans les cheveux…

L’expression « lune de miel » viendrait en fait d’une coutume babylonienne selon laquelle, pendant le premier mois du mariage, le père de la mariée devrait assurer que la bière coule à flots. Or, la variété de bière en question (le mead) était faite à base de miel, d’où « mois de miel » ou « lune de miel » pour désigner ce premier mois.

Disney - Pooh Reaching For Honey - by Joe Penniston

Disney - Pooh Reaching For Honey - by Joe Penniston

« Lune de miel » est devenu synonyme de « voyage de noces » puisque c’est à ça que les jeunes mariés occupent – ou sont censés occuper – leur premier mois d’union. La littérature et la publicité se liguent pour affirmer que c’est le moment dans la relation de couple à ne rater sous aucun prétexte (sous-entendu : ce sera pire après, profitez-en avant qu’elle ne devienne une mégère ?)

J’ai sous les yeux au moment d’écrire ça un des magazines sur le mariage que j’avais achetés à l’automne, qui fait un dossier « spécial Caraïbes » et propose, sans rire, de passer sa lune à miel à Saint-Barth. Euh, les gens, vous êtes gentils mais on n’a pas gagné au loto… Au passage, le dossier est tellement publi-rédactionnel qu’aucun prix, pas même une estimation, n’est mentionné nulle part – on apprend juste qu’on peut bénéficier de 25 à 50% de réduction sur les vols Air France.

Mais bon, on s’en fiche au fond, c’est nul Saint-Barth, qui voudrait aller s’enterrer là-bas un mois entier ? 😉 Que dit le deuxième magazine ? C’est déjà un peu mieux : toujours publi-rédactionnel et sans grande indication de budget, mais au moins ça parle aussi d’autre chose que de plage : Oman, l’Inde, l’Egypte. La page consacrée à l’Inde est assez attirante et se concentre sur l’Inde du Nord, le Taj Mahal, Jaipur, ça m’attirerait assez (sauf que, en fait, nous avons déjà une autre idée de destination).

Mais bien d’autres destinations sont possibles. Après tout, c’est un voyage, les mariés sont libres d’aller où ça leur chante, même si la destination n’est pas dans le Top 10 du kitsch romantique. Par exemple :

–         une destination urbaine, avec musées, balades, visites à des amis sur place. New York, par exemple : billet d’avion dans les 500€ aller-retour par personne en réservant à l’avance, réductions possibles pour les jeunes mariés, la vie est plutôt moins chère qu’en France mais les hôtels sont vraiment très chers (pas grand-chose à moins de 100 dollars la nuit, pour de toutes petites chambres). Plus sympa et pas forcément plus cher si vous restez longtemps, pensez à l’échange d’appartement !

–         la maison familiale à la campagne (de préférence sans la smala de cousins…) : là, ça peut être gratuit, ce qui vous permet de caser toutes les activités que vous voudrez.

–         le tour du monde, le vrai, je connais des gens qui sont partis un an à travers l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique comme ça. Le plus difficile étant de se réacclimater au métro-boulot-dodo ensuite.

–         les antipodes : c’est le moment où jamais de rentabiliser les 24 de vol pour l’Australie en y restant un mois entier.

–         sans oublier les options humanitaires et développement durable. Une partie du prix du voyage sert à financer des projets de développement, et parfois les voyageurs participent directement (physiquement) à un projet de développement.

–         ou alors, parce qu’on n’a pas forcément tant de vacances que ça, on se paie juste une ou plusieurs nuits dans un grand hôtel près de chez soi – bah oui, c’est vrai ça, je n’aurai jamais l’occasion de tester les palaces parisiens sinon ! Il existe des formules toutes faites avec champagne et suite, dans les 800€ par nuit dans les palaces parisiens.

Et pour la facture ? C’est bien à ça que sert la liste de mariage ! Ou vous préférez les casseroles et les petites cuillères ?

Vous êtes un peu (beaucoup, passionnément, à la folie…) un geek ou une geekette ? Vous trouvez que les thèmes « fleurs » ou « couleur rouge » pour un mariage, c’est bien trop banal ? Eux aussi !

C’est lequel votre préféré ? Moi, je dirais le mariage Star Wars, et surtout le wedding cake qui va avec ! Je me demande en quoi est fait le gros robot gris… Du fondant ?

starwars-wedding-cake

En même temps, je me moque, mais une amie m’a raconté qu’elle était invitée à un véritable mariage médiéval, d’ailleurs elle stresse pour trouver sa robe…

A part ça, Marine (Une chambre à moi), qui a elle aussi d’excellentes idées de thèmes pour un mariage, m’a interviewée sur son blog, allez voir si vous n’en avez pas marre de lire ma prose… Merci Marine — et bon courage pour les festivités de ce week-end !

Ce n’est pas du jeu de la jarretière et autres joyeusetés dont il s’agira ici, mais de théorie des jeux coopérative, une branche de la microéconomie que j’ai étudiée, et qui s’est intéressée entre autres à : comment marier de manière optimale des individus appartenant à deux groupes distincts (hommes et femmes par exemple, mais aussi, dans d’autres applications, étudiants et universités, médecins et hôpitaux…)

Hypothèses

Posons d’abord les hypothèses de notre modèle, tirées de Gale et Shapley (1962). Nous nous intéressons ici au cas où on a deux groupes d’individus, les H et les F, et on cherche à les marier deux par deux – ce n’est pas toujours le cas : par exemple, un étudiant ne va qu’à une université, mais une université accepte plusieurs étudiants, c’est une situation de one to many.

– Comme dans la vraie vie (hors Afrique du Sud polygame), chaque H peut se marier avec au plus un F, chaque F peut se marier avec au plus un H, et les individus peuvent rester célibataires.

– On appelle matching une division des individus en paires (chacune comprenant un H et un F, Harvey Milk n’était pas encore passé par là) et en célibataires.

– On note m(i) le partenaire d’un individu i, donc si i et j forment un couple, m(i) = j et m(j) = i. Si k est célibataire, m(k) = k.

– Tous les individus ont des préférences strictes : c’est-à-dire que, entre deux partenaires possibles, il en existe toujours un qu’ils préfèrent. Les individus sont aussi d’un calme olympien, puisque tout ce qui leur importe est leur propre partenaire, pas celui des autres. Qu’il y ait une chanceuse qui sorte avec Hugh Jackman ne change rien à mon propre choix de t’épouser, mon chéri.

– Les partenaires acceptables sont, pour chaque individu, ceux qu’il préférerait épouser plutôt que de rester célibataire.

Objectif

Nous cherchons un matching stable, c’est-à-dire qui respecte deux conditions :

1. chaque individu marié préfère être avec son partenaire que d’être célibataire ;

2. pas d’adultère : il n’existe pas de paire (i,j) telle que i préfère j à son partenaire actuel et j préfère i à son partenaire actuel ; sinon, il leur suffirait de rompre et de se remarier ensemble, ce qui produirait un meilleur matching.

L’idée qui se trouve au cœur du matching stable est celle de Pareto-optimalité : une situation qui ne peut pas s’améliorer pour une personne sans que, simultanément, elle ne se dégrade pour au moins une autre personne. (Attention à ne pas prendre « optimalité » au pied de la lettre : si dans une société on décide de me donner toutes les richesses et de vous laisser sans rien, c’est Pareto-optimal parce que, pour améliorer la situation de tous les pauvres, un Robin des Bois doit dégrader au moins un peu ma situation à moi).

Théorème

Gale et Shapley prouvent que ce que nous cherchons existe : plus précisément, il existe toujours au moins un matching stable que tous les H aiment au moins autant que chaque autre matching stable possible ; il existe aussi toujours au moins un matching stable que tous les F aiment au moins autant que chaque autre matching stable possible – mais ce n’est pas forcément le même.

Algorithme

Mais concrètement ? Osborne (2004) propose un algorithme pour obtenir un tel matching stable, et vous allez voir, c’est assez rétro. Les deux groupes sont asymétriques dans leur manière de faire la cour. L’un des deux (disons les F) est composé d’individus sûrs d’eux, qui guident leur partenaire lorsqu’ils valsent, puis s’agenouillent, ouvrent un petit écrin et font une demande en mariage tandis que les violons de Strauss continuent à jouer. Les autres (les H, donc) se prennent un peu les pieds dans leur crinoline, battent de l’éventail, et décident d’accepter ou non le prétendant. Voilà ce que ça donne avec un exemple :

Les préférences des F et des H sont présentées ci-dessous (lire en colonnes, par exemple Florence aimerait épouser Henri, ou Hubert si ce n’est pas possible avec Henri, et si ni l’un ni l’autre ne veulent d’elle, elle se retire au couvent)

Matching

Florence demande donc Henri en mariage. Frida et Fabienne, toutes les deux, demandent à Hubert de les épouser. Henri aime bien Florence, ce n’est pas sa préférée mais pourquoi pas. Pour le moment, Henri ne refuse pas, il sera toujours temps de rompre les fiançailles si une meilleure opportunité se présente. Hubert a deux demandes : de Frida et Fabienne. Parmi elles, c’est Fabienne que Hubert préfère ; il éconduit donc Frida.

Pour le moment, on a donc deux couples (Henri-Florence et Hubert-Fabienne) et deux célibataires (Honoré et Frida).

Que fait la prétendante éconduite ? L’algorithme nous indique qu’elle va danser avec le prochain individu sur sa liste ; dans notre exemple, Frida ignore superbement Honoré qui se languit tout seul derrière une tapisserie et va danser avec Henri et lui faire sa déclaration d’amour. Henri est ravi : Florence était pas mal, mais si son chevalier servant préféré, Frida vient lui faire la cour, c’est encore mieux : au revoir Florence, je te rends la bague et pars sur le cheval blanc de Frida !

C’est à présent Florence qui est éconduite, Honoré fait toujours tapisserie, et les couples sont à présent Henri-Frida et Hubert-Fabienne. Florence va donc danser avec le suivant dans son carnet de bal, Hubert. Hubert est déjà en couple avec Fabienne, mais au fond de lui, il préfère Florence… Il accepte donc la demande de Florence, et laisse tomber Fabienne.

Fabienne va danser avec le partenaire qu’elle préfère après Hubert, à savoir Henri. Mais Henri ne l’entend pas de cette oreille : alors que sa prétendante préférée, Frida, lui a déclaré sa flamme, qu’a-t-il à faire de la demande de Fabienne, qu’il trouve bien moins séduisante ?

Fabienne est donc éconduite une deuxième fois. Elle pourrait inviter Honoré à danser, mais non, il est vraiment trop laid, mieux vaut rester célibataire ! A l’issue du bal on obtient donc deux couples, Hubert-Florence et Henri-Frida, et deux célibataires, Honoré et Fabienne.

Pour résumer, les F demandent en mariage leur H préféré parmi ceux qui ne les ont pas déjà éconduites ; les H acceptent les propositions des F qu’ils trouvent acceptables et, s’ils ont une deuxième proposition ensuite, choisissent entre leur fiancée actuelle et la nouvelle prétendante. Le processus s’arrête si toutes les propositions des F sont acceptées, ou si les F rejetées n’ont plus de H acceptable à demander en mariage.

Il est important de noter que, dans cette procédure asymétrique, c’est pour les F que la Pareto-optimalité est obtenue ; on n’aurait pas forcément le même résultat si c’étaient les H qui faisaient les demandes en mariage. La théorie des jeux semble donc nous indiquer que, certes, en faisant le premier pas on risque de se prendre des coups d’éventail et de se faire jeter, mais que c’est encore le meilleur moyen pour arriver à épouser celui/celle qu’on convoite…

Références

Gale D. et Shapley L. S. (1962). « College admission and the stability of marriage », American Math. Monthly vol 69, pages 9-15

Osborne M. J. (2004). An introduction to game theory, Oxford University Press, New York, NY.

C’est de saison, et je suis sûre que vous avez entendu – ou même prononcé ! – cette phrase récemment. Mais bon, « de mariage » ça fait un peu penser à « de corvée de patates », non ? L’avis de mon chéri, c’est que c’est exactement le sens de cette expression : aller à un mariage c’est une corvée.

Alors aujourd’hui, fi de la grippe A, des élections européennes, de la crise financière, abordons les vrais problèmes : les mariages sont-ils chiants ?

Par cuorhome, sur Flickr

Les avis autour de moi sont malheureusement unanimes : oui, souvent. Mais les solutions existent, voilà ce que donne le sondage auprès de mes amis…

Si vous êtes les mariés :

– les mariages qui ont lieu à Perpette-les-Oies sous prétexte que le coin est joli, c’est chiant. Déjà, il faut faire des heures de voiture pour y aller, si on n’a pas le permis c’est souvent galère – et, oui, plein de Parisiens n’ont pas le permis – et après la fête on doit soit payer une chambre d’hôtel, soit stresser pour rentrer parce qu’il est tard et qu’on n’aurait pas dû reprendre du champagne. Bon, sauf si vous pouvez offrir l’hébergement à tout le monde…

– les « tables de célibataires », ça sort d’où ce truc ? C’est une bande de célibataires qui se connaissent et s’entendent bien ? Ils vous ont explicitement demandé de leur présenter des gens ? Dans le cas contraire, mais pourquoi voulez-vous infliger un truc pareil à vos amis ? Vous vous souvenez des « tables pour les enfants » quand vous étiez petit, coincé entre le petit Romain qui renversait son Coca sur vous et la petite Jennifer qui s’accrochait à sa poupée en pleurant pour un oui ou pour un non ? Bah oui, c’est exactement pareil.

– les jeux. Je suis biaisée, j’ai horreur de ça. Mais il peut y en avoir de sympas. Trois règles à mon avis : 1. Ne forcez personne à participer ; 2. N’éternisez pas les jeux ; 3. Souvenez-vous que vous n’êtes pas (plus ?) au Club Med avec Jean-Claude Dusse…

– les discours, les projections de photos, les Powerpoint… comment vous dire ça gentiment ? Au risque de faire l’analogie de trop avec les 80s, c’est un peu comme les soirées diapositives de vacances, la plupart des gens meurent d’ennui au bout de dix minutes…

– les repas qui n’en finissent pas. Vous avez lu qu’à la cour de Louis XIV, on faisait des services de 14 plats ? C’est parce qu’il n’y avait que de toutes petites quantités de chaque plat. La plupart des invités sont polis, ils veulent rester jusqu’à la pièce montée, ce n’est pas une raison de les gaver comme des oies… ou alors, vous assumez, et vous faites votre mariage sur le thème « Concours de bouffeur de burger », ça peut révéler les talents cachés de Tonton Maurice…

– si au contraire vous faites un cocktail dînatoire, c’est convivial mais pensez à votre mamie, votre copine enceinte ou tous les gens qui pourraient être fatigués : prévoyez assez de chaises !

– les gens comme moi qui veulent faire la réception sur un bateau : ne coincez pas les invités à bord jusqu’au petit matin, revenez à quai au bout de 2-3 heures…

– pour un cortège d’enfants, demandez l’accord des parents ET des enfants. Et payez les tenues, ce n’est pas très cher de toute manière, et comme ça vous serez sûrs qu’ils soient bien tous habillés pareil.

Et si vous êtes les invités :

– mettez-y un peu du vôtre. Si vous êtes là, c’est que vous les aimez bien quand même, ces mariés ?

– les invités célibataires : mettez-y un peu du vôtre. Si vous êtes là, c’est que vous les aimez bien quand même, ces mariés ? Je vous assure, ils ne vous ont pas invités QUE pour vous narguer – ou alors, pourquoi vous êtes venus ?

– les filles : on a tendance à dire qu’il faut éviter de porter du blanc (pour ne pas faire concurrence à la mariée) et du noir (ça connote le deuil à la base, c’est le jour de laisser la petite robe noire au placard). Checkez avec la mariée, dans le doute. Pas sûr non plus que ce soit l’endroit et le moment de rejouer « la fièvre du samedi soir », vous n’allez pas en boîte de nuit après… si ?

– si vous ne pratiquez pas la religion des mariés, souvenez-vous que la cérémonie religieuse ne dure généralement qu’une heure, avec de beaux chants de temps en temps. Juste une heure, retenez-vous de bavarder avec votre voisin et de vérifier votre portable.

– si c’est vraiment trop chiant : il y a plein d’alcool dans les mariages et personne ne vous regarde, c’est le moment de se bourrer la gueule. Si vous conduisez après, rabattez-vous sur la pause clope : vous devrez sortir, donc vous échapperez à la musique, respirerez un peu d’air frais et rencontrerez d’autres malheureux qui se font chier. Et ça marche même pour les non-fumeurs, c’est bien là que le portable est utile…

Et puis, au pire, un mariage chiant n’est pas très grave, juste une mauvaise soirée à passer… Allez, bonne saison des mariages tout le monde ! C’est quoi vos pires expériences de mariages à vous ?