Les jobs pour célibataires

10 avril 2009

Je n’aurais jamais cru m’intéresser autant au féminisme. Jusqu’à assez récemment, je trouvais les féministes un peu dépassées dans les pays occidentaux, et il me semblait qu’elles (ils, puisque « le masculin l’emporte ») avaient du boulot principalement dans les pays en développement, pour assurer l’éducation des filles, lutter contre les mariages forcés et que sais-je encore. Je suis étudiante dans un master prestigieux, où j’ai des notes aussi bonnes voire souvent meilleures que mes homologues masculins, et d’ailleurs je ne fréquente que des gens civilisés qui traitent les hommes et les femmes de la même manière.

Et pourtant, mon diplôme et mon mariage, qui vont avoir lieu la même année, me poussent à m’interroger. Déjà, comment se fait-il que spontanément les étudiantes choisissent davantage le management culturel, le développement durable ou le marketing, et que les étudiants mâles fassent plutôt de la finance, ou de la physique ? Et en termes d’emploi c’est un peu la même chose, les filles sont légèrement sous-représentées dans les métiers les plus prestigieux en sortant de mon master, sans raison précise apparemment. Je parle de ce que je connais, nous avons un diplôme qui intéresse habituellement beaucoup les entreprises (hors crise…), et personne n’a jamais fait état de discriminations envers les femmes.

Cependant… Une amie m’a parlé récemment d’un job pour lequel elle passait des entretiens. C’était une grande banque qui cherchait ses futurs inspecteurs généraux. C’est un poste exigeant et formateur, une porte d’entrée pour les hauts potentiels, que les heureux élus (une trentaine parmi un millier de candidats) occupent pendant 6 ans, pendant lesquels ils auditent, contrôlent et supervisent toutes les filiales et les agences du groupe, partout dans le monde. Après ça, ils prennent généralement un poste très intéressant en stratégie, en finance ou à la tête d’une filiale.

Evidemment, tout cela nécessite des déplacements incessants, 3 semaines par ci, 5 semaines par là… Mon amie s’est donc renseignée sur les conditions matérielles de vie et de travail. Et là, quelle surprise : tous les inspecteurs généraux à qui elle a parlé sur des forums étaient :

– soit des hommes ou femmes célibataires et déterminés à le rester pour se consacrer entièrement à leur carrière

– soit des hommes en couple avec une femme au foyer qui pouvait les accompagner dans leurs déplacements.

Ils lui ont tous dit la même chose : n’espérez pas vivre en couple avant la fin des 6 ans. Pour le moment, elle réfléchit…

Certes, c’est une histoire isolée. Mais j’y repense assez souvent. Des programmes similaires existent dans un certain nombre d’entreprises qui m’intéressent, et de plus en plus ils deviennent la seule manière pour des jeunes diplômés d’entrer dans l’entreprise. Je me marie, ce n’est pas pour partir toute seule à l’autre bout du monde. Mais en même temps, la vie de femme au foyer, très peu pour moi. Je n’ai pas encore trouvé l’idée géniale qui me permettra de concilier les deux. Vous avez une solution, vous ?

— P. S. — Ne vous inquiétez pas, je continue à dire « un avocat », « un juge » et « un écrivain », quel que soit le sexe de la personne désignée. Je ne supporte pas les tics de langage des féministes à ce sujet.

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5 Réponses to “Les jobs pour célibataires”

  1. PEG said

    Tu en fais ce que tu veux, mais dans leur marketing RH les grands cabinets de conseil (tu vois desquels je veux parler) mettent beaucoup l’accent sur le fait que leurs employés, et en particulier les femmes, ont la possibilité d’organiser leur temps pour permettre leur épanouissement personnel (ce qui est malin, car leurs grands concurrents en termes de recrutements sont les banques d’affaires, qui ne peuvent pas promettre pareil…).

    Dans sa brochure, le BCG présente une H95 qui raconte avoir travaillé à mi-temps pour élever son premier enfant en bas âge, etc. etc. etc.

    Enfin j’dis ça, j’dis rien… 😉

  2. Il n’y a malheureusement pas de solution. Il y a une différence fondamentale entre les hommes et les femmes : vous dites « Je me marie, ce n’est pas pour partir toute seule à l’autre bout du monde. » C’est une phrase qui ne viendra même pas au cerveau d’un homme! Le problème des femmes (dont je fais partie avec 30 ans – quel lapsus, mes doigts ont tapé 20 ! – d’avance) c’est que nous voulons la vie de famille (c’est-à-dire femme au foyer sans le ménage ni les enfants à temps plein) et la carrière. Ce n’est pas possible sauf exceptions de chanceuses (celles dont parle PEG) très particulières. Pour la majorité des jobs intéressants, il faut pouvoir ne quitter le bureau que passé 20 heures, et ça, c’est l’heure du coucher des enfants. Alors les jeunes mères compensent : elles emmènent leurs enfants à l’école le matin. Mais cela signifie arriver au bureau à 9 heures 30. Les réunions commencent à 9 heures…
    Autre problème : la garde des enfants. Contrairement à ce qu’on pense, cela ne concerne pas que les premières années de vie des enfants. Les crèches refusent les enfants malades pour d’évidentes raisons de contagion des autres, c’est-à-dire qu’elles refusent même les rhumes. Les écoles ne prennent pas les enfants le mercredi et dans les jours de semaine ne les gardent jamais après 18 heures. Mais pour récupérer un enfant à 18 heures à Paris ou en banlieue, cela signifie quitter le boulot à 17 heures (17 h 55 si on travaille à 5 minutes de l’école) puisque c’est la pire heure de circulation, ce qui est impossible : les réunions commencées à 15 heures ne sont pas encore terminées. Il faut donc organiser une double garde (garde principale et garde de secours).
    Malheureusement, résoudre ces problèmes matériels ne résout pas la plus grande difficulté : l’insatisfaction des enfants. Un enfant a viscéralement besoin de sa mère et au moins jusqu’à l’adolescence, il le fait savoir. Reproches et incompréhensions sont donc au programme des week-ends.
    Ce qui doit être franchement insupportable quand la semaine, ce sont les collègues et supérieurs qui ne cessent les petites phrases : Ah oui, pas à 9 heures, elle ne sera pas là. J’en ai marre de devoir tout faire tout seul, tu n’es jamais là (phrase d’homme – vous avez remarqué à quel point tout, jamais et toujours font partie de leur vocabulaire courant ?) Non, on ne peut pas lui confier ce dossier, c’est urgent et il faut beaucoup travailler.
    Qu’importe que dans la plupart des cas, les femmes travaillent plus vite, plus précisément et mieux qu’eux !
    Toutes frustrations, féministes ou non, mises de coté, il reste une chose fondamentale qui fait d’ailleurs le ciment des couples et des familles : une femme ne peut pas être heureuse si son couple ou sa famille ne vont pas bien alors qu’un homme ne peut pas être heureux s’il n’est pas content de son travail. Ce n’est pas une question de culture, ce n’est pas une question d’éducation, c’est une question de nature et tant que nous continuerons à faire passer nos enfants et notre famille en premier, nous nous poserons cette question. Et nous devons continuer à nous poser cette question car c’est l’avenir du monde.
    Je ne suis d’ailleurs pas certaine que les femmes qui ont choisi leur carrière d’abord sont franchement plus heureuses que celles qui ont fait leur carrière à coté de leur vie de famille.
    C’est d’ailleurs le pire : sauf quelques rares exceptions, il ne faut pas penser qu’en travaillant pour une femme, ce sera mieux. Celles qui ont fait passer leur carrière d’abord ont tendance, jalousie, revanchitude ou goût malsain du pouvoir, à contraindre les autres à supporter aussi ce qu’elles ont vécu…

  3. Maud said

    C’est navrant… mais c’est pourtant la réalité ce que tu décris Marie. Dans les entretiens que j’ai pu passer, certains profitaient de la fin de la discussion (plus détendue) pour faire référence à mon mariage (tout récent) et surtout à des enfants éventuels… ce qui est normalement interdit il me semble 🙂
    Cela peut en déstabiliser plus d’une !

  4. Dans ma diatribe ci-dessus, il y a une chose dont je n’ai pas parlé quoiqu’on fasse, aujourd’hui encore, les femmes gagnent moins que les hommes. Il y a à cela de nombreuses raisons, réelles ou supposées :

    – sous qualification (bof, peut-être vrai dans les années soixante où les femmes faisaient plus d’étude d’infirmières que de médecine, mais aujourd’hui ce serait plutôt le contraire)

    – jobs intermittants, c’est-à-dire les divers 3/4 temps des mères qui se gardent les mercredis, et pour celles qui travaillent à plein temps, les jours de congé Sécu au titre de la maladie des enfants et toutes celles qui partent plus tôt pour les diverses (mais néanmoins nombreuses) réunions de parents d’élèves organisées par des écoles qui veulent de moins en moins assumer la responsabilité de l’instruction des enfants et qui comptent sur les parents pour les aider (si, si : vous n’imaginez pas l’entêtement nécessaire pour faire comprendre à un professeur que si un enfant, normalement discipliné en famille, est indiscipliné à l’école, c’est le problème du professeur et pas des parents)

    – l’inconscient collectif qui veut que le job d’une femme est un job d’appoint et non pas un job nécessaire (de plus en plus crétin quend on voit aujourd’hui le nombre de femmes seules chargées de familles !) mais l’inconscient a la vie d’autant plus dure qu’il est plus collectif … Les Echos racontaient en octobre 2007 que Laurence PARISOT avait énuméré les objectifs de son mandat sous des applaudissements nourris devant les patrons réunis à la saline royale d’Arc-et-Senans. Dans son élan, elle ose aborder la question des écarts de salaires entre les hommes et les femmes et leur demande donc d’engager des négociations pour rétablir la parité. Et là… silence total ! Elle ajoutera plus tard devant les femmes cadres réunies par McKinsey et le Women’s Forum « J’étais fumasse… Depuis j’ai découvert qu’il existe une résistance tenace et incompréhensible sur ce sujet » Cette fois, applaudissements de l’assistance… (http://www.lesechos.fr/management/diriger/300213291.htm).

    – et puis probablement, même aussi les femmes qui osent probablement moins s’estimer à leur juste valeur alors que les hommes auraient plustôt tendance à se surestimer, qui sont probablement moins capables de claquer la porte d’un job sous payer et pour qui un bon tiens vaut souvent mieux que deux tu l’auras peut-être alors que nos congénères mâles ont tout de même une sérieuse tendance à ne voir que deux et occulter peut-être…

    Mais il y a une bonne chose dans tout cela :

    Mesdemoiselles, en ces temps de crise, les cadres embauchés seront des femmes,

    car elles coûteront moins à l’employeur, qu’elles demanderont moins d’augmentation et qu’elles sont plus faciles à culpabiliser, et j’en oublie certainement….

    PROFITEZ-EN !!!!!!!!!

    Car il vaut mieux un job un peu moins payé que pas de job.
    Euh, vous voyez, ça raisonne comme ça, une femme.

  5. […] (elles ne sont pas assez disponibles, ne peuvent pas faire des déplacements …. voir toutes les bonnes raisons que j’avais trouvées dans un commentaire sur le blog de […]

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